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Rencontre avec Gloriah Bonheur au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de « Nema – Prélude » !

Publié le par Steph Musicnation

©Baptiste Marcon

©Baptiste Marcon

Comment te présenterais-tu à nos lecteurs ?

Je suis autrice ; j’écris pour le théâtre et pour la musique ; compositrice ; je compose à la voix et je collabore avec un pianiste pour les arrangements de mes morceaux ; interprète, comédienne et je suis passionnée par le dessin. J’ai écrit un spectacle intitulé « Kuma Elektro Djez » qui sera joué sur scène très prochainement et j’ai sorti récemment un EP baptisé « Nema – Prélude ».

Peux-tu partager avec nous le pitch de ce spectacle ?

Un soir de pleine lune, une jeune femme martiniquaise fait face à l'océan Atlantique, elle est enceinte et elle se pose des questions sur son histoire ; sur ce qu'elle va pouvoir transmettre à sa descendance. Brusquement, elle entend des voix qui remontent du fond de l'océan Atlantique. Ces voix vont lui dire qu’elles ne l’ont pas oubliée, qu’elles savent qui elle est et qu’elles vont l'aider à retrouver le chemin de son histoire. Ainsi commence sa quête initiatique ; sa quête identitaire. Elle va sillonner la Martinique, prendre la mer, arriver en Haïti, rencontrer des prêtres et prêtresses, des divinités et en savoir plus sur son histoire. Puis, forte de cette riche expérience, elle va reprendre la mer, accompagnée par ces divinités, par tous les chants de ceux qui vivent au fond de l'océan et arriver sur les côtes d'Afrique de l'Ouest où elle en saura davantage sur qui elle est et sur ce qu'elle pourra transmettre à sa descendance.

Quelle a été ton envie première en écrivant « Kuma Elektro Djez » ?

J’ai d’abord écrit ce spectacle ; dans lequel la Caraïbe s’éveille à son africanité en questionnant le fondement de son identité ; pour me réconcilier avec toutes les parts de mon histoire ; que ce soit l'Europe, l'Afrique et la Caraïbe. J’ai vraiment eu à cœur de me questionner et de trouver les réponses à mes questions. Par ailleurs, dans ce spectacle, j'ai mis un condensé de plusieurs voyages que j'ai eu l'opportunité de faire notamment en Haïti, au Congo Brazzaville, au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun, en Guinée-Conakry… Lors de ces voyages, j’ai été énormément émue, je me suis sentie très proche de ces territoires-là, j’ai senti qu’une part de mon histoire venait de là et qu’on me l’avait cachée notamment durant mon enfance car il y a des héritages un peu complexes entre la Martinique et son passé historique. Dans ce spectacle, j’ai voulu raconter cette quête, ce retour aux sources et cette réconciliation ; la joie de pouvoir retrouver des bribes de mon histoire, des voix qui ont été effacées, des souffles qui ont été perdus et qui m’ont permis de me sentir plus complète.

©Baptiste Marcon

©Baptiste Marcon

Sur scène, n’y-a-t-il que de la musique ?

Non car il y a une histoire qui est comptée. Etant également comédienne, ce spectacle a été l'opportunité pour moi de rassembler toutes mes passions ; la musique et le théâtre.  Pour la première fois, je me suis mise à l’écriture pour raconter une histoire ; jusqu’à présent, j’avais plus une grande expérience de pièces de théâtre ; et j'ai fait appel à Nelson-Rafaell Madel pour la mise en scène. Nelson ; qui tourne beaucoup ici ; est exceptionnel d'idées, il est aussi très bienveillant, il m'a accompagné sur cette fresque que je voulais raconter. Sur scène, pour raconter ce voyage qui se passe sur l'eau, nous utilisons mes dessins que nous projetons. Je suis accompagnée d’un pianiste et d’un percussionniste qui ne sont pas que musiciens car ils deviennent interprètes aussi, ils dansent et bougent avec moi, ils font le voyage à mes côtés, ils sont costumés également…ils font vraiment tout avec moi !

Ton disque « Nema - Prélude » fait-il partie intégrante de ce spectacle ?

Exactement, nous avons choisi de dévoiler cet EP avant l’album afin de donner un avant-goût de notre travail au public. Il faut savoir que nous avons déjà joué le spectacle et beaucoup de personnes nous ont demandé si l’album était disponible afin de pouvoir réécouter les chansons.

Peux-tu expliciter son titre ?

Nema signifie bonheur, grâce divine, chance, prospérité et c’est le nom du personnage que j’incarne sur scène.

©D.R

©D.R

Quelles thématiques abordes-tu sur ce disque ?

Sur cet EP, j’ai plutôt axé les chansons sur les femmes. « Manzel Lucienne » est un hommage à ma grand-mère qui s’appelle Lucienne Rosier et dans cette chanson, je trace un parallèle entre elle et un bouquet de roses qui nous émerveille par ses senteurs. Dans ce morceau, je raconte un peu la femme qu’elle a été pendant sa vie, le fait qu’elle soit toujours très positive, téméraire et courageuse. Ma grand-mère a toujours été une inspiration pour moi, elle me disait souvent de ne pas avoir peur et d’avancer quel que soit ce que j’avais à faire. C’était très important que ma grand-mère soit présente sur ce disque car elle est la voix off dans le spectacle ; elle guide mon personnage. Dans la chanson « Corps-Femmes », je compare l’île de la Martinique d’où je suis originaire au corps d’une femme qui a souffert mais qui trouve le chemin de la guérison grâce à des clés de pratiques ancestrales d’Afrique ou de Caraïbes. Cette chanson m’a permis d’aborder les thématiques un peu tabous des blessures des femmes par rapport à l’histoire. Dans « Sa Nou Yé », je rends hommage aux Kali’na qui étaient les peuples premiers sur l’île de la Martinique et sur d’autres îles de la Caraïbe, ils ont été décimés mais j’en ai dans ma lignée. Par le biais de cette chanson, je voulais mettre la lumière sur eux car on en parle très peu, je souhaitais les remercier car les Kali’na nous ont légué beaucoup de termes en Martinique. « Sa Nou Yé » représente la joie et c’est vraiment l’une de mes chansons préférées de l’EP. « Afrique », c’est la femme dans toute sa splendeur. Au départ, on pourrait croire que je parle de la femme Africaine mais quand on écoute les paroles, on se rend compte qu’il s’agit de la femme de tous les continents ; quel que soit l’endroit d’où l’on vient, on peut s’approprier ce texte et se dire que l’on est aussi cette femme. Quant à « Lanmè » ; qui est un piano-voix très épuré un peu Jazz ; il donne un avant-goût de « Kuma Elektro Djez » car j’y conte le début du spectacle.

Dans l'album à paraître, va-t-on retrouver une narration du premier au dernier titre ?

Nous pensons à mettre des extraits de voix off où je conte comme dans le spectacle, c’est encore en réflexion mais c’est une belle idée qui revient…Sur l’album, il y aura les titres de l’EP ainsi que d’autres chansons présentes dans le spectacle et peut-être des interludes. Evidemment, nous serons obligés de retirer certains titres joués sur scène sinon l’album durerait deux heures ! (Rires) En tout cas, sur le disque, il y aura trois parties comme dans le spectacle, la première qui présente la Martinique, la seconde Haïti et la troisième l’Afrique et le retour à soi et à la Martinique et elles seront dans l’ordre.

Peux-tu nous parler de la mise en image d’« Afrique » ?

Il était important pour moi d'aller tourner le clip en Afrique et j’ai choisi de filmer ces images au Togo où j'étais déjà allée. Dans ce clip, j’avais envie de montrer la femme Africaine que l’on n'a pas l'habitude de voir et qui est souvent méprisée malheureusement ou critiquée. Pour se faire, je me suis rendue au village et non en ville, je suis allée à la rencontre de femmes qui n'ont pas du tout l'habitude de la caméra, de passer à la télé, d’être mises en lumière et ces femmes-là ont été étonnées. J’ai eu l’opportunité de rencontrer une comédienne, danseuse et chorégraphe qui accompagne des jeunes femmes en insertion professionnelle, elle fait des actions culturelles là-bas et quand elle retourne au village, elle fait des activités notamment de pagne tissé. Elle m’a ouvert les portes de son village natal, j’ai été accueillie par toutes ces femmes ; dont sa grand-mère qui est centenaire ; qui ont accepté de participer à ce clip. Nous avons fait appel à une équipe de professionnels locaux afin qu’ils puissent donner leur « expertise » sur ce projet. Ça n’a pas été évident car je ne maîtrisais pas la langue natale de ce village mais mon interlocutrice ; ma collaboratrice ; parlait français. Je dois dire que toutes ces personnes ont été d’une générosité sans nom, ce tournage reste un souvenir magnifique.

©Georges-Emmanuel Arnaud

©Georges-Emmanuel Arnaud

Qu'as-tu à cœur de partager/ transmettre par le biais de ta musique ?

Beaucoup de joie ! Je viens d'une histoire qui est complexe ; celle des déportations ; et même si ça ne fait pas entièrement la personne que je suis, en tant que jeune martiniquaise, je me suis toujours posé beaucoup de questions sur mon identité et cela a pu me miner car je ne savais pas vraiment d’où je venais. Quand on se construit en tant qu’individu, ça peut être compliqué quand il manque des réponses à nos questions ; et que nos parents eux-mêmes ne peuvent y répondre ; et à travers ma musique et mes écrits, j’ai envie de transmettre de l’espoir car il y en a toujours, de la lumière et de la joie. Ce n’est pas parce que l’on n’a pas toujours toutes les réponses qu’il ne faut pas commencer à rêver, oser et aller à la rencontre de ses rêves !

Comment qualifierais-tu ton univers ?

Solaire, engagé, poétique, rythmé et authentique.

Quels sont tes prochains projets ?

Il y aura un troisième clip d’ici l’été et un quatrième à la rentrée. La sortie de l’album se fera à l’automne en même temps que le spectacle.

Rencontre avec Gloriah Bonheur au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de « Nema – Prélude » !
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