Rencontre avec Lucy Dreams au Studio Luna Rossa afin d’en apprendre plus sur « VVVVV » !
Pouvez-vous nous dire qui est Lucy et à quoi rêve-t-elle ?
David : Lucy est une musicienne virtuelle avec laquelle nous composons. Lucy n'est pas une intelligence artificielle. C'est une machine à effets analogiques que nous utilisons en studio pour améliorer et enrichir notre créativité. Elle ne fournit que les deux ou trois premiers % de chaque morceau : la base, le rythme ou la mélodie, mais pas plus. Les différentes parties de nos chansons sont majoritairement faites par l’humain. Nous sommes en contact permanent avec elle pour tenter de percer ses secrets mais pour le moment, nous ignorons encore à quoi elle rêve. L'avenir nous le dira...
Quels sont vos rôles respectifs dans ce projet ?
D : En concert, nous sommes tous les deux sur scène, avec la représentation visuelle de Lucy entre nous. Sur scène, je chante, je gère les effets électroniques et Stephan est à la basse mais il en joue comme de la guitare, ce qui est incroyable.
Stephan : Quant au studio, c’est un espace où nous aimons jouer avec nos idées créatives et elles peuvent venir de l’un comme de l’autre. Pour le dernier album, nous étions en Autriche, dans les montagnes, dans un chalet, et nous l'avons composé en une semaine. Nous avons amené tout notre matériel et ça a été comme si nous partions de zéro ; ça a été vraiment une expérience ; car nous n’avions aucune idée préconçue. Nous avons laissé venir l’inspiration.
D : Nous sommes tous les deux auteurs de toutes les chansons. Parfois je joue de la guitare et Stephan est au clavier. Nous composons les mélodies ensemble mais parfois, elles viennent de Lucy.
Comment en êtes-vous venus à créer Lucy Dreams où les humains interagissent avec les machines alors que beaucoup rejettent l’utilisation de l’IA dans la musique et même dans l’art en général ?
D: Le rejet de l'IA dans la musique est parfaitement compréhensible. L'intelligence artificielle n'est pas là pour nous remplacer, nous autres humains, en tant qu'individus créatifs. La technologie doit être un outil qui peut être utilisé de manière créative. Nous comprenons totalement que les musiciens refusent l'utilisation pure et simple de l'IA comme productrice de chansons. Dans notre cas, il ne s'agit pas d'une IA, comme je l'ai dit, mais d'un membre de groupe virtuel, d'une boucle analogique. La machine est en quelque sorte le reflet de notre créativité. Avec une IA, il suffit d'appuyer sur play et elle crée une chanson. Dans notre cas, il faut d'abord notre créativité, qui est ensuite envoyée à la machine et celle-ci développe alors sa propre dynamique et nous propose de nouvelles idées.
À quoi fait référence le titre énigmatique de votre album ? Est-ce un nombre ? Un code ?
D : Pour nous, il s’agit assurément d’un symbole. Avec cet album, nous souhaitions créer la bande-son du passage de l'humanité à la cinquième dimension. C'est pourquoi nous avons cinq V qui se réfèrent au chiffre romain. De plus, l'album comporte dix chansons, chacune correspondant à un trait du V. Ainsi, la première chanson, « You, As In Universalism » représente le premier trait du V, puis « Stars », le deuxième, et ainsi de suite jusqu'à « Be Here Now ». Plus le développement technologique s'étendra, plus la technologie et l'IA en général deviendront complexes, plus l'espace virtuel sera vaste, c’est pourquoi il deviendra d'autant plus important d'être pleinement présent ; ici et maintenant ; et c’est le point d'arrivée de l'album.
De quoi parlez-vous sur ce disque ?
D : Nous parlons de l'interaction entre l'homme et la machine et de la manière dont l'humanité évoluera dans les années et les décennies à venir. Nous vivons une période fascinante de l'histoire. L'accélération technologique et le développement sont tout simplement vertigineux. Imaginez ce qui s'est passé ces deux ou trois dernières années avec le développement de l'IA et maintenant des agents conversationnels : c'est tout simplement incroyable, passionnant et exaltant de vivre à cette époque, car les opportunités sont innombrables. C'est le sujet de notre album, mais nous affirmons aussi qu'en tant qu'êtres humains, créateurs de technologies, nous avons une responsabilité. Il est de notre responsabilité de faire en sorte que les technologies de demain soient pacifiques, durables et inclusives et le plus important concernant les robots dans cent, cinq cents, mille ans, ça sera qu’ils portent des valeurs intrinsèquement humaines.
Comment décririez-vous votre univers ?
S : Flottant, coloré, dynamique et pointu.
D : Ethéré, ouvert dans le processus et en ce qui concerne le résultat et au-delà de la réalité car cela décrit bien nous où nous souhaitons aller avec notre musique et en live.
Quelles seraient les principales qualités de chacun ?
S : David est franc, toujours concentré, très enjoué et très positif.
D: Stephan a une vision d'ensemble incroyable. Iel est donc capable de prendre du recul et de considérer tous les aspects nécessaires à l'évaluation d'une situation donnée, qu'il s'agisse d'une performance scénique, d'une interview ou d'une discussion avec un producteur. Par ailleurs, iel est de loin le meilleur bassiste avec lequel j’ai eu l’occasion de travailler, iel est incroyable sur scène.
Qu’en est-il de Lucy ? Quelles seraient ses principales forces ?
D : La plus grande force de Lucy est d’être le miroir de notre créativité. Peu importe ce que nous lui proposons, elle renverse cela dans tous les sens et elle nous fait sa propre proposition.
S : Lucy est un terrain de jeu infini de créativité. Tout est possible avec elle. Pour citer un exemple, nous avons fait un show au Japon et elle a été capable de parler japonais sur scène.
À quelle esthétique et à quelle atmosphère vous identifiez-vous ?
D : Le premier nom qui me vient à l'esprit, c'est David Bowie. Côté cinéma, j'adore Christopher Nolan et même d’ailleurs les frères Nolan. En ce qui me concerne, « Interstellar » est l'un des meilleurs films jamais réalisés, si ce n'est le meilleur. Dans un autre domaine, le professeur Brian Cox qui travaille sur la physique quantique ; c’est une immense inspiration. Actuellement, je lis la biographie d’Albert Einstein écrite par Walter Isaacson ; c’est époustouflant. Par ailleurs, j’aime beaucoup le travail de Glumlot qui est un artiste visuel, son art me touche de manière forte et je n’avais jamais ressenti cela auparavant, il crée des paysages oniriques futuristes très réalistes. Récemment, j’ai découvert « Clair de Lune » de Claude Debussy et j’ai été bluffé par cette mélodie ; c’est du génie.
S : Musicalement, j’aime beaucoup Talking Heads, LCD Soundsystem et La Femme. En ce qui concerne le cinéma, je suis un grand fan de Jim Jarmusch. Quand nous étions à Copenhague, nous avons découvert le travail de James Turrell au travers d’une installation immersive et son travail avec la lumière est fabuleux.
Réfléchissez-vous déjà à votre prochain album ? Pensez-vous qu’il sera dans la même veine que celui-ci ?
S : On a parlé récemment de la voie à suivre. On a chacun nos propres idées et c’est cela qui est beau dans la création. Rien n’est arrêté pour le moment, ça prendra forme au fur et à mesure...
D : En ce moment, nous assurons la promotion de notre dernier album, nous prenons beaucoup de plaisir à jouer un peu partout en Europe, il y a encore pas mal de concerts à venir et je pense que nous nous mettrons sur le troisième dans le courant de l’été.
Proposez-vous des performances immersives en live ? Y-a-t’il notamment des projections sur scène ?
D : Comme je l'ai dit précédemment, nous voulons créer un espace au-delà de la réalité et nous avons la chance de pouvoir collaborer avec des concepteurs de Graz ; qui la deuxième plus grande ville d'Autriche. VISIOKRATIE se concentre vraiment sur l'expérience immersive. Concrètement, ils placent des tubes LED synchronisés derrière nous sur scène qui font partie intégrante de notre spectacle. Nous avons également fait l'acquisition d'une immense sphère LED d'un demi-mètre de diamètre sur laquelle VISIOKRATIE projette des images. Le public est ainsi invité non seulement à apprécier le spectacle mais aussi à y participer. Par exemple, je me déplace avec une caméra et ce que vous voyez à travers l'objectif est projeté sur la sphère LED qui se trouve avec nous sur scène. Le public devient ainsi partie intégrante de Lucy. Il s'agit de créer un lien entre le groupe et le public, entre les spectateurs et les technologies modernes et entre nous, artistes et spectateurs, en tant que destinataires de l'œuvre. C'est ce qui nous relie à l'avenir. Nous souhaitons créer ces performances immersives pour inciter chacun à participer à un développement pacifique, durable et inclusif de la technologie.
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Lucy Dreams - Not Gonna Lie (Official Video)
★ 6/3 New York ★ 11/3 Vienna ★ 1/4 Copenhagen ★ 3/4 Gothenburg ★ 24/4 London ★ 1/5 Paris ★ Presenting new LP VVVVV - a leap into the 5th dimension! ★ Info & Tickets: https://linktr....
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