Rencontre avec Autour de Lucie au Studio Luna Rossa afin d’en apprendre plus sur « Hors Monde » !
Pourquoi vous faites-vous aussi rares ?
Valérie : Nous ne nous faisons pas rares mais un album nécessite un certain temps de gestation. Notre précédent disque est sorti en 2015 et ensuite, il y a eu plein de choses, la vie, des hauts, des bas, des chagrins, le COVID...Nous avons pris le temps de fabriquer et d’arranger des chansons comme nous en avions envie ; cela représente un gros travail. Si j’aime bien garder un certain classicisme dans nos disques, j’ai le souhait de toujours redémarrer à zéro ; j’ai envie que nos chansons sonnent comme ce que moi j’ai à cœur d’entendre aujourd’hui en tant qu’auditrice.
Quel a été le déclic pour revenir avec sixième album baptisé « Hors Monde » ?
V : S’il y a un désir d’écrire des chansons, nous ne savons pas trop au début ce que nous allons en faire. Nous les voyons un peu comme des laboratoires. Une chanson naît d’un guitare-voix, d’un piano-voix ou d’un track de Sébastien ; qui fait de la musique pour plein de choses et comme il connaît mes goûts, il me propose parfois des sons qui seraient susceptibles de coller à l’univers d’Autour de Lucie. Nous travaillons pierre après pierre ; un peu à la manière d’un architecte ; nous ne partons jamais d’emblée sur quelque chose d’énorme, cela créé une base pour quelque chose qui va monter ensuite et avec sa vision de producteur, Sébastien arrive à percevoir qu’un univers se dessine quand nous avons une collection de chansons.
Sébastien : J’aime qu’il ait une histoire qui se raconte tout au long d’un album. Par ailleurs, comme je suis très sensible au caractère atmosphérique de manière générale, dans la musique et dans ce qui a pu m’influencer, je vois cela en perspective quand j’aborde une histoire comme celle d’Autour de Lucie qui nous lie Valérie et moi. J’aime bien m’imaginer quelqu’un pénétrer dans un album comme il le ferait dans un domaine, chaque chanson serait une pièce, il y aurait une cohérence, une couleur, des contours comme dans un tableau mais rien n’est jamais vraiment fini et c’est ce qui est un peu délicat car à un moment donné, il faut prendre la décision de sortir une œuvre et ce sont les gens qui vont la recevoir qui font la terminer.
Pouvez-vous expliciter le titre de ce disque ? Est-ce du premier ou du second degré ?
V : Ce titre est parti d’une chanson qui ne figure pas sur ce disque ; elle sera peut-être sur un prochain album. Ce morceau n’a pas été terminé mais nous aimions beaucoup ce titre dans lequel il y a une double lecture. D’un côté, nous nous sentons ; tous les deux ; hors monde car nous sommes un peu dans notre bulle par rapport à ce qui se passe autour de nous et de l’autre, je me sens en marge, je suis hors monde et en même temps, je suis dedans car nous sommes tous abreuvés d’informations ; nous sommes tous accros à nos téléphones et à nos réseaux sociaux ; le curseur bouge tout le temps. Nous sommes au courant de ce qui se passe à l’autre bout de la planète alors que l’on ne prête pas attention aux personnes qui se trouvent à deux mètres de nous ; nous essayons de ne pas être dans ce cas de figure mais j’ai l’impression que ce n’est pas le cas de la majeure partie des gens.
S : Hors monde n’est pas bordure, ce n’est pas une frontière mais plutôt une projection car cet album ouvre l’horizon ; au-delà de ce que nous avons ici, physiquement ; sur un extérieur qui serait très extérieur ; un extérieur hors monde.
Quelles ont été vos nouvelles envies musicales sur cet opus ?
V : Sébastien a tout de suite posé le postulat de tout faire à deux dans une pièce. Nous n’avions pas de musiciens avec nous, il a joué de la basse, des claviers, de la guitare, des percussions, il a fait les chœurs et il a arrangé ce disque. En revanche, ce n’était pas possible d’imaginer des morceaux avec des gros sons de batterie même si nous avons utilisé des outils qui nous ont permis de nous en rapprocher sur quelques morceaux. Nous avions envie de faire des choses un peu plus directes par rapport à notre précédent album, nous souhaitions que la voix soit aussi un peu plus présente et Sébastien a travaillé les arrangements dans ce sens. En dehors de cela, nous ne voulions pas nous mettre des barrières de temps, c’est-à-dire que le couplet peut arriver plus tard dans un morceau et qu’il peut y avoir une partie instrumentale au milieu d’une chanson ; nous souhaitions de l’émotion.
S : Chacun à ses influences, on a aussi notre expérience, tout cela rentre très vite dans la marmite et pour ce disque, nous avons souhaité avoir de la liberté, c’est pourquoi il y a des espaces instrumentaux ; des moments de musique pure. Nous avons fait un vrai coffret pour la voix qui a été accompagnée mais aussi des parties instrumentales pour jouer avec cette voix.
Quelles thématiques abordez-vous sur « Hors Monde » ?
V : Sur cet album, il y a un petit coup d’œil en arrière sur mon adolescence dans les années 80 ; j’ai eu cette chance-là et la musique de cette décennie est gravée en moi, je pense à « Tainted Love » de Soft Cell, « Cherchez Le Garçon » de Taxi Girl » et « I’m Coming Out » de Diana Ross ; je parle notamment d’une amie perdue de cette époque-là et d’un concert marquant pour moi en mars 1985. J’aborde également la vie d’aujourd’hui avec un sentiment d’impuissance par rapport à ce qui se passe par rapport à la planète et à la société. Par ailleurs, je règle des choses très personnelles sur ce disque.
« Quelque Part »a-t-il été un premier extrait évident ?
V : Pour nous, ça a été une évidence et cela pour plein de raisons ; qu’elles soient personnelles ou musicales. Quand nous écoutions cette chanson qui n’est pas la plus festive de l’album, nous avions toujours envie de la réécouter encore et encore.
S : Le choix s’est fait très naturellement et instinctivement. Ce morceau s’est invité tout seul, c’est comme s’il nous avait demandé de lui donner son « heure de gloire ». « Quelque Part » était aussi en relation avec ce que Valérie vivait à ce moment-là. Pour terminer, musicalement, ce titre allait dans le sens de ce que le public connaissait d’Autour de Lucie.
V : Cela faisait dix ans que nous n’avions pas sorti un disque et j’avais envie de revenir avec de l’émotion.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la mise en images de ce morceau ?
V : Nous avons travaillé avec rodeobeige ; ce couple d’amis avait déjà réalisé le clip de « Rouge Invisible » qui était sorti en 2021. Sophie est artiste et Ronan est monteur depuis très longtemps mais il avait arrêté de faire du montage et il s’y est remis avec nous. Pour la mise en images de ce morceau, je voulais quelque chose de très proche de nous. Comme cette chanson est très intime, je ne voulais que ce clip m’échappe. Nous avons commencé à tourner des images nous-mêmes, Sophie et Ronan ont fait pareil et ensuite, il a monté tout cela en ajoutant des effets avec un côté vintage ; il a un peu sali et tordu la couleur et cela nous plaît bien car c’est aussi un peu ce que nous faisons au niveau de la musique. Ce clip est un puzzle de qui nous sommes aujourd’hui.
S : Ronan a fait plein d’effets en direct ; il a filmé notamment à travers une loupe ; c’était très intéressant à voir, c’était vachement bien amené, super brillant et senti. Ils sont tous les deux très artistes, ils font du handcraft et ça nous plaît beaucoup. Ce clip aurait mérité un making-of.
Comment voyez-vous l'évolution de l'industrie musicale depuis vos débuts ? Etes-vous notamment « plus libres » maintenant ?
S : Vaste question !
V : Je pense qu’il y a de la magie dans le fait que l’on puisse mettre sa musique sur le Net et que l’on puisse être entendu dans le monde entier mais je trouve que nous sommes assujettis aux réseaux sociaux et il faut bien maîtriser cet outil. Nous avons connu la musique auparavant et c’était complètement différent.
S : Déjà à l’époque, les labels avaient ces mêmes considérations de marketing et de promo mais l’exposition très fréquente de l'artiste était beaucoup moins présente. Il y avait notamment les concerts ; le live était là pour créer le contact avec le public ; et les interviews mais le quotidien restait quelque chose qui était privé et on a appris petit à petit à sortir de cette de cette habitude-là. Tout d'un coup, nous avons dû devenir acteurs sur cet aspect marketing dont les stratégies nous échappaient et nous n’avions pas la technique pour cela ; personnellement, je ne l’ai toujours pas. Par ailleurs, l’industrie de la musique elle-même a énormément changé.
V : Au début, j’ai été très gênée par le côté on/off car on ne peut pas être pleinement dans quelque chose et en filmer les coulisses en même temps. On perd de l’artistique et de la spontanéité. Aujourd’hui, il n’y a plus de nuance et de mystère.
S : Avant, pour en apprendre plus sur un artiste, pour connaître des anecdotes, nous regardions des documentaires et ça s’arrêtait là. Pour ma part, je ne ressentais pas l’envie de prolonger plus loin et cette distance me permettait de garder une certaine fraîcheur par rapport aux artistes.
V : C’est nous qui allions digger, l’information ne nous arrivait pas alors que nous n’avions rien demandé.
S : A l’époque, nous avions une intimité avec l’artiste mais elle restait propre à nous, nous n’étions pas dans l’intimité de l’artiste alors qu’aujourd’hui, il est venu dans la notre puisque nous l’avons dans notre poche.
Qu'est-ce que chacun mettrait en avant chez l'autre ?
S : Valérie est entière, dynamique, amoureuse de tout ce qu’elle entreprend, elle vit ses émotions et elle sait exactement comment les raconter et c’est inspirant. Valérie est capable d’aborder beaucoup de situations difficiles avec sagesse, humanité et bienveillance.
V : Sébastien est un amoureux de la musique, c’est un surdoué, il est tout le temps dans la créativité, il est très personnel dans son travail. Humainement parlant, c’est quelqu’un qui écoute beaucoup, il a une empathie magnifique et il est joyeux.
Évoluez-vous chacun artistiquement en dehors d'Autour de Lucie ?
V : Pour ma part, non.
S : En ce qui me concerne, Autour de Lucie est ma maison depuis longtemps mais j’ai eu la chance aussi de croiser les chemins d’autres artistes pour lesquels j’ai réalisé des albums ; je n’en ai pas fait beaucoup mais ça a été des expériences géniales. Cet épanouissement dans ce côté-là m’a permis d’explorer d’autres styles et d’autres environnements. Par ailleurs, j’ai rencontré un réalisateur dont j’aime beaucoup le travail et les images et cela m’a donné envie d’illustrer musicalement un documentaire ; d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par la musique au cinéma.
Quels sont vos prochains projets ?
V : Des concerts sont prévus le 12 septembre à Volvic aux Vinzelles et le 09 octobre à Dijon à La Maison Perrichet. Idéalement, il y aura aussi une date parisienne...nous sommes actuellement en prospection. Nous aimerions faire des sessions filmées et il se pourrait qu’il y ait un autre extrait de l’album dans les prochains mois.
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Autour de Lucie "Quelque Part" (clip officiel)
Autour de Lucie - " Quelque part " (clip disponible sur toutes les plateformes) https://bfan.link/quelque-part " Quelque part " est le premier single extrait de "Hors Monde", le nouvel album ...
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