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Rencontre avec Fraude au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de l’EP « Dose 01 » !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Elisa Durier

(c) Elisa Durier

Comment Fraude s'est-il formé ?

Jan : Philippe et Alex ; qui se connaissent depuis des années ; sont à l’initiative de ce projet. Ils avaient à cœur de s’illustrer dans un registre différent de ce qu’ils avaient pu faire auparavant ; ils souhaitaient faire quelque chose de plus Electro. Ils m’ont contacté afin de me demander si cela m’intéressait de poser ma voix sur leurs morceaux, nous avons fait des essais et ça a matché assez rapidement.

Philippe : En effet, nous faisions de la musique ensemble depuis assez longtemps mais dans un univers assez éloigné de celui de Fraude puisque c'était du côté du Metal et des musiques expérimentales. Comme notre imaginaire musical ne tournait pas qu’autour de cela, nous avons eu envie de nous orienter vers un projet électronique un peu teinté de musique industrielle et qui puisse aller aussi vers la Pop, ce que nous affectionnons en tant qu’auditeurs.

Alexandre : Nous souhaitions élargir l’auditoire le plus possible avec ce projet car nous avons longtemps nourri de la frustration dans le milieu des musiques extrêmes car nous passions beaucoup de temps à écrire de la musique qui était écoutée par de gens au final. Avec Fraude, nous voulions nous éloigner de la voix criée afin de nous ouvrir à de nouveaux horizons. La rencontre avec Jan a été parfaite pour cela.

Pourquoi ce nom et en quoi ce projet en serait-il une ?

P : Une bonne fraude est à la fois séduisante et désagréable et ce projet est certes Pop mais il est aussi rugueux par certains aspects. Par ailleurs, dans le milieu des musiques extrêmes, il y a souvent un procès en pureté stylistique qui est fait ; il y a ce qu’on a le droit ou non de faire ; et pour Fraude, nous sommes allés vers des choses qui sont complètement interdites dans les styles musicaux que nous pratiquions auparavant, il y a eu comme une sorte de révélation de fraude au sein de ces musiques.

Comment se déroule la création au sein de votre trio ? Laissez-vous carte blanche à Jan en ce qui concerne le propos de vos chansons ?

J : On me laisse complètement carte blanche en termes de propos mais je dois dire qu’au début, j’hésitais et c’est pour cela que notre toute première chanson n'a pas été écrite par moi. Je bloquais un peu, je ne savais pas dans quelle direction aller et du coup, « Blindfold » a été écrite par Thomas Bettinelli qui se trouve être le frère de Philippe. Une fois que nous avons appris à plus nous connaître et que nous avons commencé le processus d’enregistrement, j’ai fait une première proposition sur une autre chanson, ils ont aimé et à partir de là, ça a été beaucoup plus fluide. Ils ne m’ont jamais censuré, ils m’ont même plutôt encouragé et poussé afin d’aller encore plus loin dans certains sujets personnels.

A : Au tout début du projet, beaucoup de choses venaient de Philippe, il avait lancé des idées, il avait construit certaines structures et nous avons commencé sur ces bases-là mais à présent, les choses ont évolué, nous composons beaucoup à deux et même parfois à trois avec Jan. Quand nous sommes dans le processus d’écriture, nous échangeons beaucoup à propos des maquettes ; les structures peuvent évoluer, nous voyons ce qui fonctionne ou non.

P : Quelques morceaux sont nés conjointement dans des moments de résidence qui sont généralement très productifs.

A : Sur ce premier EP, Jan a écrit ses parties de voix sur des morceaux qui existaient déjà mais récemment, nous avons fait l’exercice inverse et l’expérience a été très concluante.

(c) Elisa Durier

(c) Elisa Durier

Comment chacun me décrirait votre univers ?

J : Clair-obscur, baroque et Queer.

P : Paillettes, dépression et abrasif.

A : Expérimental ; et cela à tous les niveaux ; frénétique et nocturne.

De quoi parlez-vous sur votre premier EP ?

J : L’oppression et l’envie de s’en libérer est un thème récurrent sur ce disque. Le titre de cet EP pourrait renvoyer à la dose de courage ou de force nécessaire à cela.

« Dose 01 » suggère qu'il y aura une seconde dose... Avez-vous déjà pensé la suite comme une réponse à ce premier disque ?

J : Oui, complètement et nous sommes déjà en train de travailler dessus ...

P : ...et la deuxième dose est toujours plus forte (Rires) !

Que pourrait-il y avoir dans la perfusion présente sur la pochette de votre EP ?

A : Des paillettes, un peu de poison mais en très légère dose ; pas suffisamment pour que ce soit létal.

P : Un peu de sucre.

J : De la grenadine.

Rencontre avec Fraude au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de l’EP « Dose 01 » !

Pourquoi avoir opté pour la couleur rose dans votre esthétique ?

J : C’est ma couleur préférée. Le rose est assimilé aux filles, on dit souvent que les garçons ne devraient pas la porter sinon on pense tout de suite que ce sont des homosexuels, c’est une couleur très genrée. Au-delà du fait que ce soit une jolie couleur, il y a un petit message politique car nous injectons une dose d’un liquide rose dans un univers sombre où nous portons des costumes-cravates. Ca a été une évidence.

A : Cette couleur nous intéressait par contraste avec d’autres choses et d’ailleurs, au début du clip de « Blindfold », nous apportons une touche de rose au milieu de la noirceur.

Justement ; pouvez-vous nous en dire plus sur le clip illustrant « Blindfold » ?

A : Depuis longtemps, la mise à l'image en général nous intéressait. Pour nous, il était évident que notre musique serait associée à du visuel et nous nous sommes retrouvés autour de références cinématographiques communes. Si cela faisait pas mal de temps que l’on travaillait déjà ensemble dans la musique avec Philippe, c’était aussi le cas en partie autour de l’image. Pour « Blindfold », nous souhaitions faire un court-métrage à tendance expérimentale avec des références à l’histoire du cinéma notamment à « La Jetée » de Chris Marker. Grâce à Jan, nous avons rencontré une équipe qui était vraiment super. Très vite, nous avons eu l’idée de mettre en images ce que l’on peut imposer au corps et notamment les thérapies de conversion ; la violence qui peut être faite via de la pseudo-science, la médecine ou même la technologie. Le bandeau et les incrustations illustrent l’idée d’imposer quelque chose au personnage via un dispositif technique autoritariste et violent.

P : La dialectique entre oppression et libération est vraiment au cœur de ce clip. Les images que l’on voit dans le bandeau au début sont extraites d’archives de spots publicitaires ou d’éducation civique Américaine des années 40/50 ; la petite Amérique parfaite et extrêmement patriarcale de l’époque. Caricaturalement, c’est l’image d’une société très normée telle que l’on peut la voir dans un imaginaire collectif. Mais, au fur et à mesure de l’expérience, le sujet résiste, le cadre explose et dans ce bandeau, ce sont des images bien plus colorées qui viennent parasiter ces premières images.

A : A la fin, il y a une explosion libératrice, le sujet sort de ce carcan imposé par ces images en noir et blanc.

P : A noter que pour ce clip, « Videodrome » de David Cronenberg ; qui est un vidéaste que nous aimons beaucoup ; a aussi été une inspiration.

Rencontre avec Fraude au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de l’EP « Dose 01 » !

Qui retrouve-t-on dans les références musicales de chacun ?

J : Mylène Farmer, Dorian Electra et Depeche Mode.

P : Nine Inch Nails et Trent Reznor, David Bowie, Sexy Sushi, Rebeka Warrior et Ascendant Vierge.

A : Aphex Twin, Björk et Tool.

Pensez-vous que le français s'invitera dans votre projet à l'avenir ?

J : Oui, certainement car je prends autant de plaisir à écrire en anglais qu’en français mais l’anglais a été plus naturel pour ce projet dans un premier temps. Il se pourrait qu’il y ait une reprise en français...

Comment allez-vous incarner Fraude sur scène ?

P :  Sur scène, il y a un côté un peu théâtral car Jan vient du burlesque.

J : Effectivement, je viens du cabaret de manière générale et nous avons envie de garder cet aspect-là sur scène notamment dans mes costumes et par le biais d’invités. En live, ce sera Queer, cabaret, très coloré et très pailleté, cela viendra contraster avec notre musique et en même temps, ça fera sens.

A : Le jeu de contrastes que nous cherchons un peu partout existera également sur scène. En live, avec Philippe, nous assumons d’être la part sombre du projet derrière les manettes alors que Jan fait le show sur le devant de la scène. Ce contraste scénique fonctionne bien.

P : Cela reprend un contraste scénique que j’aime beaucoup à savoir celui des Sparks, l’un est absolument stoïque au clavier alors que l’autre est très expansif.

Quels sont vos prochains projets ?

P : Nous travaillons actuellement sur la seconde dose...une partie est déjà écrite, tout sera en question de temps. En parallèle à cela, nous aimerions reprendre le live.

A : Il n’y a aucun remix prévu pour le moment mais c’est quelque chose qui nous intéresserait...

A : Pour nous, ça sera une nouveauté car ça se pratique assez peu dans le Metal ; malheureusement !

Rencontre avec Fraude au Studio Luna Rossa à l’occasion de la parution de l’EP « Dose 01 » !
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