Rencontre avec Joachim Garraud au Studio Luna Rossa afin d’en apprendre plus sur « I Love My DJ Life » !
Comment est née l'idée de l'ouvrage « I Love My DJ Life » ?
Le 25 janvier 2025, j’ai organisé une soirée anniversaire qui s'appelait ZEMIXX 999 afin de célébrer le 999ème numéro d'un podcast hebdomadaire que je faisais depuis 2005. Ce numéro coïncidait aux 20 ans du podcast et je voulais arrêter là. Comme à chaque fête que je faisais pour les ZEMIXX, j’ai invité des personnes de ma communauté qui sont venues déguisées car chez moi, il n’y a pas de spectateurs mais des acteurs qui participent réellement à la soirée et j’en ai profité pour demander à ma sœur qui est photographe de réaliser une série de photos. Il faut savoir que j’avais interdit les téléphones car j’avais un line-up secret dont faisaient partie notamment Vitalic, Mosimann et Dim Chris ; quinze DJS qui n'étaient pas annoncés sont venus jouer par amitié. Par ailleurs, des personnalités étaient présentes et elles n’avaient pas forcément envie d’être dérangées par l’exercice du selfie. Le fait de ne pas avoir de téléphones a permis d’avoir une vraie mixité entre les stars et les gens pas connus, tout le monde était ensemble. Une fois que j’ai eu ces photos, je me suis souvenu que j’avais fait des clichés de dingue quand j’avais loué le Siège du Parti Communiste Français qui ressemble à une soucoupe volante pour le numéro 600 et comme je n’avais jamais publié ces photos, j’ai eu l’idée d'en rassembler d’autres événements.
528 pages, c’est hyper conséquent surtout à notre époque, ce projet s'est-il accru de manière exponentielle au fur et à mesure de sa conception ?
A l’origine, cet ouvrage ne devait pas contenir 528 pages mais quand j'ai recherché mes photos, je suis tombé dans une espèce de zone temporelle d'archives, j'ai retrouvé 40 ans de documents parmi lesquels se trouvaient des choses incroyables ; notamment des photos de Swedish House Mafia avant qu’ils ne s’appellent ainsi quand ils étaient venus jouer à mon anniversaire ; et je me suis dit qu’il fallait que je publie cela. Au fil du temps, l’idée est venue de passer de 60 pages à 100 puis à 150, 200...l’ouvrage s’est enrichi et c’est devenu une autobiographie car j’ai classé cela dans un ordre chronologique. Au fur et à mesure que je retrouvais des archives, je me suis mis à écrire des chapitres car j’ai eu la chance d’avoir une vie tellement riche qu’il fallait au moins 528 pages pour la raconter. Ce livre est dédié à Fred Rister et l’intégralité de l’argent généré par les ventes de cet ouvrage sera destiné à la recherche contre le cancer.
Que retrouve-t-on dans cette œuvre qui n'est pas que littéraire ?
Je suis très fier de ce livre car il est interactif. Certes, il y a 528 pages mais aussi pas moins de 579 QR Codes qui emmènent vers des documents complémentaires par rapport à la page ou le chapitre dans lequel le lecteur est. J’ai adoré écrire cet ouvrage car cela faisait longtemps que je voulais avoir le temps de raconter des anecdotes qui quelquefois sont difficiles à raconter sur des formats de 15 secondes ou des stories de 20 secondes. J’ai apprécié le format du livre qui permettait la précision tout comme sa version augmentée avec le QR Code avec un smartphone qui offre la possibilité d’approfondir les choses. Afin de donner un exemple concret, il y a notamment une photo de la Love Parade à Berlin, j'explique pourquoi je suis le seul artiste français à y participer en 2006 et quand on scanne le QR Code, on a accès à un film de 20 min en totale immersion. Je trouvais hyper intéressant de documenter chaque page et chaque chapitre afin d’illustrer l’évolution de notre métier ; il est question aussi de transmission avec cet ouvrage qui contient environ plus de 1000 photos qui sont toutes authentiques ; aucune n’a été générée par intelligence artificielle ; des archives audios et vidéos authentiques et exclusives, des sessions d’enregistrement afin de partager mon travail ; cela permet de voir « l’arrière du décor » et les personnes désireuses de faire des remixes vont pouvoir accéder à des données multipistes séparées qui sont incroyables. Par ailleurs, il m’est arrivé de mettre des liens vers des morceaux qui ont été des inspirations ou que je passais lors de ma première saison de DJ en 1987 au casino de Pornic. Pour l’anecdote, je jouais tous les soirs « Joe Le Taxi » de Vanessa Paradis et j’étais bien loin d’imaginer que 30 ans plus tard j’allais acheter la maison où elle a enregistré ce titre.
Comment vois-tu l’évolution du métier de DJ ?
Quand j'ai commencé officiellement ce métier en 1984/85, personne ne voulait être DJ. Il valait mieux être barman parce que c’était payé dix fois plus ou alors, être portier car c’était payé vingt fois plus et tu pouvais draguer à l’entrée alors qu’à présent, cette profession doit être dans le Top 5 si on interroge des adolescents. Dans ce livre, j’explique pourquoi nous sommes passés de l’ombre à la lumière. Personnellement, j’ai commencé à jouer dans le garage de mes parents pour 15 personnes et 20 ans plus tard, j’ai eu la chance de le faire deux fois à Coachella devant quelques dizaines de milliers de personnes. L’évolution de notre métier vient du fait que les outils ont changé tout comme les relations, la musique en elle-même et la perception de la musique électronique.
A qui destinerais-tu « I Love My DJ Life » ?
C'est une très bonne question. Pour résumer, je dirais à des gens passionnés de musique, de DJing, de matériel électronique, de radio et de communication de façon générale ; des choses qui m'ont passionnées et qui me passionnent toujours. Si vous avez l’un de ces cinq vecteurs ; et bien souvent, ils vont ensemble ; « I Love My DJ Life » est fait pour vous ! Cet ouvrage s’adresse également aux professionnels qui ont vécu cette transition et aussi à la nouvelle génération car c’est une transmission d’un savoir ; je montre notamment le parcours de certains de leurs ainés car je ne suis pas seul dans ce livre, il y a à peu près 70 portraits et témoignages d’artistes qui ont vécu cette évolution et même cette révolution.
As-tu envisagé d'aller encore plus loin et de développer « I Love My DJ Life » sous la forme d'une exposition interactive ?
Je n’y avais pas pensé mais c’est marrant que tu me poses cette question-là car j’ai été contacté récemment par un producteur qui a commandé le livre et qui organise des expositions temporaires, il trouvait les photos géniales et il voulait s’appuyer sur les QR Codes afin de mettre les vidéos en scène. Par ailleurs, quand je finalisais la mise en page générale de cet ouvrage, j’ai demandé l’œil extérieur d’une personne à New York qui a l’habitude de produire de très beaux livres ; ce que l’on appelle les Coffee Table Books ; et comme il a une galerie là-bas, il m’a proposé de faire des tirages spéciaux en vue d’une exposition avec une mise en son qui correspondrait aux photos. Ton idée est donc bonne !
Qu'est-ce qui t'a donné le goût aux musiques électroniques ?
Je pense que c'est une fusion de deux choses et je l’explique dans le livre. En 1984 est arrivé un acronyme qui a changé ma vie et celle de beaucoup de personnes à savoir la MAO ; musique assistée par ordinateur. Ces 3 lettres-là, ça a été la fusion de deux amours pour moi : la musique et l’ordinateur. J'ai eu la chance de naître dans une famille où la musique était omniprésente. Mes parents n’étaient pas des professionnels de la musique mais nous écoutions tout le temps la musique et il y avait des instruments à la maison ; j’ai eu une batterie quand j’étais très jeune. J'ai eu la chance également d'avoir une éducation musicale classique au conservatoire de musique à Nantes où j'ai appris des classes de percussion et de piano jusqu'au cycle 2. A côté de cela, j'étais amoureux des machines/des ordinateurs. Dès que j'ai pu avoir un petit peu d'argent grâce à ma discomobile, je me suis acheté un ordinateur sur lequel je créais des petits programmes pour faire des jeux et le jour où la MAO est arrivée, ça a fusionné ces deux amours.
Produire et sortir de la musique sous ton nom a-t-il été un prolongement logique de ta carrière de DJ ?
Oui mais il y a eu deux étapes. Étape N°1, le DJ diffuse les disques des autres, c'est ce qu'on appelle un sélecteur, ça c'était en 1983-84, je jouais The Cure, Depeche Mode, Simple Minds, Kool and the Gang...Je me suis fait une culture générale car à l'époque j’étais DJ généraliste, je passais aussi bien du Zouk que du Rock, de la Funk, de la New Wave ou de la Cold Wave. Etape N°2, j’ai acheté plus tard en import « Love Can’t Turn Around » de Farley Jackmaster Funk ; l’un des premiers disques de House ; je le trouvais super mais l’intro était très longue alors que la fin me plaisait et que j’adorais les voix sur la face B, j’ai décidé de faire mon propre montage ; une version un peu à moi d’un titre qui n’était pas le mien ; et ça a super bien fonctionné. Cette version faisait encore plus danser les personnes que la version originale et personne d’autre ne l’avait. A partir de là, je me suis dit que ça serait pas mal de remixer Serge Gainsbourg que j’adore car on ne pouvait pas jouer les morceaux tels quels et j’ai commencé à faire ce que l’on appelle aujourd’hui des reworks et ensuite, j’ai entrepris de produire des titres originaux pour aller dans mes sets et pour me donner des exclusivités que n’avaient pas les autres. L’intérêt principal était de se différencier des autres DJS à un moment où ce métier commençait à se professionnaliser. A présent, mes sets sont composés à 100% d’œuvres que j’ai remixées/retravaillées ou produites.
Quelle période évoquée dans « I Love My DJ Life » reste la plus marquant pour toi ?
C'est un peu dur de répondre à cela car c’est comme si tu demandais à une mère de famille qui a trois enfants, lequel est sont préféré ! Chaque étape a été importante. Quand j’ai commencé à écrire ce livre et que les chapitres se sont accumulés les uns après les autres, j’ai vraiment eu l’impression de construire un escalier, chaque chapitre était un pallier et on ne peut pas monter à l’étage supérieur sans les petites marches intermédiaires ; elles sont toutes importantes. Si je me prête au jeu de ta question, je vais choisir la première minute ; c’est très précis ; où j’ai enregistré Chris Willis sur le titre « Just A Little More Love ». Avant cette minute-là, je produisais de la musique Electro/Techno qui ne s’adressait qu’aux DJS mais dès les premières secondes où j’ai entendu la voix de Chris Willis sur l’instrumental, nous sommes passés à un morceau qui pouvait intéresser les radios et qui était beaucoup plus mainstream. Je m’en souviens comme si c’était hier, j’étais bouleversé, ça a donné vie à ma chanson et ça a lui donné une dimension bien au-delà de ce que j’avais espéré car Chris Willis était un chanteur exceptionnel qui a enregistré en une prise un titre que j’écoute encore avec plaisir aujourd’hui ; c’est aussi pour cela qu’il y a autant de pages dans le livre sur ma rencontre avec David Guetta et sur son premier album car cela a beaucoup rebattu les cartes. Les premières minutes de « Just A Little More Love » ont marqué le début d’un nouveau courant musical à savoir l’EDM et je suis hyper fier de cela.
Comment décrirais-tu le son Joachim Garraud ?
Puissant, positif, happy et précis.
On pourrait croire que le métier de DJ est assez solitaire au demeurant alors que la notion de partage est pourtant inhérente au domaine de la musique et de la nuit... As-tu très vite cherché à œuvrer avec d’autres ?
C’est une très bonne question. Même encore aujourd’hui, effectivement, être DJ est un métier où l’on est très seul quand même. Quand il part en tournée, Bob Sinclar est seul ou accompagné d’une personne et la dernière que j’ai faite, nous étions deux, ce n’est donc pas comme un groupe de Rock qui part en tourbus avec une équipe. En revanche, si ce métier est assez solitaire, le DJ ne peut pas l’être dans la production car il ne chante pas, il a donc besoin d’interprètes et bien souvent, il n’est pas musicien ; pour ma part, j’avais la chance d’avoir la double casquette ; il lui faut des musiciens pour jouer notamment des claviers ; de nos jours, l’Intelligence Artificielle peut être un assistant. En ce qui concerne la production/la partie fabrication de musique, le DJ doit être entouré. Au-delà de cet aspect-là, plus le DJ avance dans sa carrière, plus l’équipe à ses côtés peut grandir et parfois, c’est une petite société qui travaille pour lui ; je pense notamment à des artistes tels que Skrillex et Avicii qui étaient venus faire leurs premières dates en France dans mon festival.
Qu'est-ce qui te fait dire encore aujourd'hui « I Love My DJ Life » ?
(Rires) Le fait d’être avec toi aujourd’hui ! Il faut savoir que je n’ai jamais eu la sensation de travail et ce qui me fait dire encore cela à l’heure actuelle, ce sont les projets, jouer sur scène, faire de la musique avec Jean-Michel Jarre...c’est très excitant et cela me donne envie de dire « I Love My DJ Life » !
Quels sont tes prochains projets ?
J’ai créé un side project avec DeLaurentis sous le nom d’Avoriaz, deux morceaux sont déjà disponibles et nous allons sortir un single toutes les cinq semaines pendant un an, un album paraîtra en janvier 2027. En parallèle à cela, je travaille avec Jean-Michel Jarre sur « Oxygène 50 » qui est un très beau projet qui viendra célébrer les 50 ans de son album « Oxygène » ; un disque que j’ai beaucoup écouté quand j’étais plus jeune, c’est une boucle de dingue pour moi. J’ai fabriqué un contrôleur de musique avec la société Erica Synths basée en Lettonie et il sortira en avril. « O.V.P 3 » sortira d’ici la rentrée. Je coproduis avec des Québécois un album de Drum & Bass en français qui paraîtra à la fin de l’année. Je continue à me produire en live sous mon nom et avec Avoriaz.
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JOACHIM G & DAMIEN RK - WE ARE BACKKKK !
Nouveau titre hard music "We Are Backkkk" en collaboration avec Damien RK ce titre est l'anthem de la Red stage d'EPK 2025 . Disponible sur toutes les plateformes le 12 septembre 2025 @damienrk4225
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