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Rencontre avec Donia Berriri et Yael Miller au Studio Luna Rossa à l'occasion de la sortie du premier EP de Rhizomes !

Publié le par Steph Musicnation

©Jean-Brice Godet

©Jean-Brice Godet

Pouvez-vous présenter Rhizomes à nos lecteurs ?

Donia : Rhizomes est un quintet. Yael Miller est au chant, aux synthés et à l’écriture, tout comme moi. Thomas Caillou est à la guitare électrique, Baptiste Germser est à la basse et au bugle et Roland Merlinc est à la batterie. Nous composons collectivement.

Comment ce projet musical s’est-il créé ?

D : Rhizomes est la rencontre de deux groupes, Yaël avait un trio avec Baptiste et Roland et pour ma part, j’avais un duo avec Thomas.

Yael : Auparavant, j'habitais à Genève et la programmatrice d'une salle m’y a proposé une carte blanche. Plutôt que d’inviter des artistes pour cette occasion, Roland m’a dit que nous devrions faire une rencontre avec un autre groupe et c’est comme cela que nous avons fait la connaissance de Donia et de Thomas. Nous avons commencé à préparer ce concert mais le COVID est arrivé et nous avons enchaîné les reports. Entre-temps, nous avons fait des répétitions ensemble en prenant le répertoire des uns et des autres au début, nous les arrangions collectivement et comme il y avait une véritable alchimie entre nous, nous avons commencé à écrire et à composer ensemble. Au bout de deux ans, il s’est avéré que la date initialement prévue ne pourrait pas se faire mais de cette expérience est né Rhizomes ; nom trouvé par Donia ; et l’idée a été de créé quelque chose d’horizontal sans véritable leader. Derrière cette formation, il y avait un petit défi car nous n’avions pas les mêmes goûts, nous n’écrivions pas de la même façon et nous n’avions pas forcément le même style de composition. Nous avons dû trouver un processus ; et même aussi un dénominateur ; commun afin de mettre tout le monde en valeur dans l’approche.

Pouvez-vous expliciter la symbolique derrière ce nom ?

D : Dans ce nom, on retrouve à la fois l'image purement végétale mais aussi celle de racines par rapport aux origines. Dans ce projet, nous chantons en arabe et en hébreu et nous parlons beaucoup de nos origines, d'où nous venons et de toutes les questions que cela soulève quand on vit entre plusieurs cultures et plusieurs langues. Par ailleurs, dans nos textes, il est beaucoup question de frontières, d'immigration, d'exil et personnellement, je trouve que l'image des rhizomes est plus parlante que celle des racines dont on a plus tendance à parler. La racine est quelque chose de fixe et de verticale qui est à un endroit alors que le rhizome est horizontal et il se déplace. Nous n’avons toutes les deux la même histoire mais pour ma part, je suis née en France de parents immigrés et le terme de racines ne me parle pas car ce qu’ils me transmettent n’est pas la même chose que ce qu’on leur a transmis en étant à cet endroit-là. J’ai un lien fort à la Tunisie et à l’Algérie mais ce n’est pas le même que celui de quelqu’un qui y est né. La transmission voyage et l’image des rhizomes est très juste pour cela, notre histoire et notre passé bougent avec nous. Pour terminer, il y a également un clin d’œil à la théorie du rhizome qui est plutôt politique dans « Mille Plateaux » de Gilles Deleuze et Félix Guattari.

©Christophe_Beauregard

©Christophe_Beauregard

La direction artistique de Rhizomes était-elle déjà établie quand vous avez entrepris l'enregistrement de votre premier EP ?

D :  Au moment de l’enregistrement, oui.

Y : Nous avons testé des choses durant trois ans mais quand nous avons décidé de vraiment commencer à enregistrer l'EP, la direction artistique était déjà établie.

D : Le fait d’enregistrer a précisé quand même des choses car certains morceaux ont connu plusieurs versions. Même si nous avons fait notamment du Jazz et de la chanson, le Rock est un dénominateur commun.

Y : Le Rock est devenu une sorte de réponse à nos langues et à leurs jeux. On peut très facilement dire que c’est oriental car nous avons des langues sémites mais nous avons voulu mettre cela en valeur autrement et après avoir joué avec différents styles, le Rock a mis tout le monde d’accord et ce style a mis ces langues en valeur de différentes façons ; on peut les entendre parlées ou chantées et on n’est pas obligé de les voir comme des langues orientales dans un style World-Jazz.

De quoi parlez-vous sur ce disque ?

D : De manière générale, nous parlons beaucoup des frontières, d'immigration mais aussi d'amour et des questions de polyculture. « Dialogues » est plutôt une chanson d'amour, c'est un poème de Nizar Qabbani ; qui est un poète Syrien ; c'est juste une courte phrase qui dit « Lorsqu'ils me demandent qui est mon amour, je leur réponds : ah, si seulement je pouvais le dessiner. Depuis 20 siècles, je l'aime et je ne connais toujours pas son nom ». Yael a traduit cela en hébreu et nous le répétons en boucle pour rentrer dans une sorte de transe.

Y : Dans « Hawava », nous nous interrogeons sur ce qu’est l’amour et sur ce que l’on en fait quand on le trouve.

D : « J'oublie » a été écrite à la suite des attentats du Bataclan ; même si nous ne le nommons pas ; cette chanson est en réponse à toutes ces questions que soulèvent ces évènements. Personnellement, je me suis souvent demandé comment on peut en arriver à faire cela.

Y : « Kalb Isha » est un texte que j'ai écrit à propos des parents qui arrivent à offrir leurs enfants à la guerre, certains voient cela comme quelque chose de noble et de positif alors que ce n’est que de la propagande. Dans cette chanson, j’ai choisi de m’exprimer par le biais d’images comme celle d’offrir le cœur de son enfant à la guerre. « Kalb Isha » est une critique sociale de ce que j’ai beaucoup entendu en grandissant. C’est quelque chose qui me fend le cœur mais qui est très installé, c’est une idée très ancienne qui perdure aujourd’hui. Quant à « Mizmor », c’est un texte de Wisława Szymborska qui est une poétesse qui a écrit sur l’immigration et sur l'absurdité des frontières en utilisant des images d’animaux et d’éléments. J’aime beaucoup ses textes qui sont très concrets, son travail est merveilleux.

D : La suite de ce morceau est constituée d’un texte sur la guerre de Samih al-Qâsim qui est un poète palestinien. Il m’a semblé que ces deux textes résonnaient bien l’un avec l’autre. Et pour terminer, « Goutte d’Or » est une chanson sur mon quartier qui est mixte dans tous les sens du terme. « Goutte d’Or » aborde la richesse et l’improbabilité de ce quartier où la misère sociale côtoie une forme de bourgeoisie, tout se mélange, la drogue, le luxe, les familles…

En référence au titre du morceau qui ouvre ce disque, retrouve-t-on de véritables dialogues entre vous dans vos chansons ?

D : Oui, bien sûr.

Y : Nous avons essayé de penser à la fois au chant, aux sonorités des langues mais aussi au dialogue avec les instruments.

D : On essaie que ça circule entre nous cinq vocalement et au niveau des instruments et nous fonctionnons aussi comme cela dans l’écriture.

©Christophe_Beauregard

©Christophe_Beauregard

Comment décririez-vous l'univers de Rhizomes ?

Y : Atmosphérique, qui prend son temps, éruptif, clair-obscur, poétique…

D : …politique, organique, contrasté et avec du liant.

Avez-vous pour optique de développer plus le français à l'avenir ?

Y : Nous nous sommes posé la question…

D : Pas forcément dans les morceaux mais nous nous sommes dit qu'il fallait que l’on donne des clés sur scène. Il y avait plus de français au début mais il y en a de moins en moins car nous prenons un vrai plaisir à chanter dans ces deux langues et à les faire entendre ensemble.

Qu'est-ce que chacune mettrait en avant chez l'autre ?

D : Sa générosité, son humour et sa simplicité.

Y : C’est exactement ce que j’allais dire pour Donia et je vais rajouter sa bienveillance et son côté attentionné.

D : Eh bien, pareil !

©David Abecassis

©David Abecassis

Chacune de vous a-t-elle d'autres projets artistiques en parallèle à Rhizomes ?

D : Oui, tout le monde dans Rhizomes a d'autres projets en parallèle.

Y : J’ai toujours mon trio que je porte sous mon nom et récemment, j’ai commencé à le tourner en solo. Je participe également à des spectacles au théâtre en tant que compositrice et aussi en tant que comédienne. Je collabore aussi avec des artistes en tant que side notamment dans le milieu de l’art contemporain.

D : Pour ma part, je fais partie des groupes Septembre Ardent et Sisyphe avec lesquels je chante aussi dans plusieurs langues. Par ailleurs, j’ai également écrit deux spectacles jeune public ; « Iris au Fil de la Seine » qui tourne depuis deux ans et « Albertine à Paris » qui va être créé au Musée d’Orsay en avril.

Quels sont vos prochains projets avec Rhizomes ?

Y : Nous sommes en train de réfléchir à un album qui sortirait idéalement courant 2027. Nous avons des idées pour habiller nos performances sur scène notamment avec des projections mais nous n’en sommes qu’aux prémices…

D : Nous serons en concert à la Maison de la Musique et de la Danse à Bagneux le 20 mars et à l’Alhambra de Genève le 10 mai.

Y : Des vidéos tournées en live devraient sortir dans les prochains mois.

Rencontre avec Donia Berriri et Yael Miller au Studio Luna Rossa à l'occasion de la sortie du premier EP de Rhizomes !
https://www.facebook.com/Rhizomesmusic/
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