Rencontre avec Alain Seghir du groupe Martin Dupont au Studio Luna Rossa afin d’en apprendre plus sur « Your Smile When It Hurts » !
Quel a été le déclic pour reformer Martin Dupont et pour revenir en 2023 avec « Kintsugi » ?
Cela est dû à la productrice New yorkaise Veronica Vasicka du label Minimal Wave. Après avoir réédité Martin Dupont, elle a été agréablement surprise du succès que ça pouvait avoir auprès de son réseau et c’est elle qui m'a exhorté à jouer en me disant qu’il fallait absolument que je refasse de la scène et que je vienne me produire à New York. Pour ma part, ça me paraissait insurmontable car cela faisait longtemps que j’avais arrêté et à l’époque, je faisais tout en analogique. Le hasard a voulu que je rencontre les ex Rise and Fall of a Decade ; dont j’avais les disques ; lors d’un concert de Collection d'Arnell-Andréa, nous avons sympathisé, je leur ai parlé de ce dilemme liée à la pression pour faire des concerts aux États-Unis et Thierry Sintoni ; qui compose et arrange la musique pour eux ; m’a proposé d’essayer de restructurer les morceaux afin que nous puissions les jouer sur scène. Dès la semaine suivante, Thierry m’avait fait des démos sur deux morceaux, cela m’avait épaté et je suis venu à Paris quelques jours après afin de mettre ma voix dessus. Comme cela fonctionnait très bien, j’ai fait écouter ces titres à un ami qui a un label, il a beaucoup apprécié, il a voulu sortir ces deux morceaux en single mais je lui ai dit que nous allions peut-être faire un EP. Là-dessus, le COVID est arrivé, nous avons travaillé les morceaux dans l’idée de les jouer en live, nous les avons tellement métamorphosé qu’il y a eu un enthousiasme in fine pour enregistrer un album plutôt qu’un EP et c’est ainsi qu’est né « Kintsugi » ; le titre de l’album renvoyait au fait que les morceaux avaient été transfigurés comme peuvent l’être les objets dans cet art Japonais.
Chacun avait-il continué d'évoluer dans la musique durant toutes ces années ?
Beverley s'est retrouvée productrice du Contemporary Music Network à Londres ; c’est une émanation du ministère de la Culture britannique ; elle organisait des événements qui faisaient converger la musique contemporaine aussi bien classique que l'avant garde Jazz ou Pop. Brigitte ; qui a quitté le groupe ; a travaillé sur différents projets musicaux notamment à Marseille avec Patrick Portella avec qui elle avait repris « Le Voyage d’Hiver » de Franz Schubert. Pour ma part, j’ai été happé par ma carrière de chirurgien ; si j’écoutais beaucoup de musique et que j’en achetais énormément, je n’en faisais plus depuis un moment.
Avez-vous repris votre histoire là où vous l'aviez laissée ou avez-vous cherché à faire quelque chose de différent quand le groupe est revenu ?
Pour moi, l’idée était différente car il ne s’agissait pas de recréer des morceaux mais de les transfigurer avec mes nouveaux acquis musicaux ; ayant écouté tant de choses, ma culture musicale s’était étoffée. Il y a eu également le plaisir d’accueillir de nouveaux musiciens. Pour moi, il y a eu un petit miracle dans la rencontre avec l’équipe de Rise and Fall of a Decade, j’ai beaucoup aimé le travail de Thierry Sintoni avec qui j’ai travaillé de manière optimale sans le moindre problème d’amour propre, nous sommes à l’écoute l’un de l’autre et complémentaires. Par ailleurs, Sandy Casado a apporté un peu de nouveauté dans la voix ; je trouvais déjà son travail superbe dans Rise and Fall of a Decade ; je trouve dommage qu’il y ait eu ce split car l’idée d’avoir deux voix féminines était super surtout que Sandy a un registre très différent de celui de Brigitte, le sien est très varié, elle apporte beaucoup au groupe.
« Your Smile When It Hurts » a-t-il été une évidence après « Kintsugi » ?
Oui car « Kintsugi » ; dont je suis très fier ; a été une opportunité par rapport aux concerts, ce disque nous a permis de montrer que nous étions toujours là, que nous pouvions moderniser nos morceaux mais derrière, bouillonnait l’envie de faire de nouvelles chansons.
Ces morceaux composés plus récemment ont-ils une autre énergie ?
Oui car nous avons voulu notamment y introduire des musiciens classiques. Nous nous sommes alloué les services de Ferdinand Chupin qui est un jeune arrangeur brillant ; il est jeune mais il a une culture musicale énorme et une vraie intelligence musicale ; il a enrichi le travail sur cet album. Par ailleurs, je me suis donné moins de limites sur ce disque, le spectre est assez varié selon les morceaux.
Quelles thématiques abordez-vous sur ce disque ?
Sur ce disque, on retrouve les thématiques qui préoccupent souvent le plus l’être humain à savoir la souffrance, l’amour, la passion et la mort. Pour « Time », mon inspiration directe a été « Madame Butterfly » de Giacomo Puccini.
Comment décrirais-tu votre univers à l'heure actuelle ?
Eclectique, romantique, prospectif et curieux. Je me souviens que Boris Bergmann avait fait un magnifique article dans Rock & Folk et il l’avait titré « Martin Dupont, la malchance d'être inclassables ».
Peux-tu nous en dire plus sur l'esthétisme de vos pochettes d'albums ?
Toutes les pochettes de nos albums sont tirées de tableaux réalisés par le peintre Yves Cheynet que j’ai connu à Marseille. J’ai sympathisé d’emblée avec Yves et surtout, j’étais admiratif de son travail qui répondait au même champ émotionnel que le mien. Dans les tableaux d’Yves, il y a un mélange de traits hyper réalistes sur des compositions surréalistes sans se prendre au sérieux et ce sens de la dérision me répondait aussi. Je lui ai demandé timidement si je pouvais utiliser ses tableaux pour illustrer mes albums et c’est devenu symbiotique de ma musique.
Martin Dupont s’étant créé dans les années 80, que garderais-tu de cette époque-là ?
La fraîcheur, l’effervescence musicale ; ça jaillissait de partout ; l’éclosion des radios dites libres et qui apportaient une nouvelle expression, la possibilité de faire de la musique sans être un excellent musicien, le droit d’exprimer sa rage sans que la forme soit très sophistiquée, le caractère innovant de cette époque-là, la liberté...
Selon toi, qu'est-ce qui a fait que Martin Dupont soit resté un groupe de référence pour une partie du public malgré une très longue absence ?
Je ne sais pas et je m'en émerveille ! Je suis ravi de cela et je me sens extrêmement chanceux. J’avais demandé à Veronica Vasicka ce qui l’avait amenée à faire un magnifique coffret d’anthologie de Martin Dupont ; qui valait très cher et qui a été très rapidement sold out ; et elle m’avait répondu qu’il y avait toujours un peu truc bizarre dans ma musique qui n’appartenait qu’à moi ; et que l’on ne retrouvait pas chez les autres.
Comment gères-tu ta carrière de chanteur et de chirurgien au quotidien ? Comment ton retour à la musique a-t-il été vécu par ton entourage professionnel ?
J’avoue que c’extrêmement difficile en termes de gestion d’emploi du temps puisqu'il est hors de question de risquer la moindre perte de chance pour mes patients, c'est vraiment réglé au cordeau. Ma secrétaire est devenue une amie et secrétaire perso qui gère mes dates de concert, mes dates opératoires, les pré op, les post op... Je suis joignable en permanence. J’ai eu la chance d’être chef de service hospitalier pendant plus de vingt ans mais lassé des contraintes administratives, je me suis installé en libéral, ce qui m'a donné toute la marge pour pouvoir m'organiser mais je n’avais pas imaginé que la musique reviendrait comme ça. Je suis un peu bridé pour les concerts mais je préfère privilégier la qualité à la quantité. En ce qui concerne l'accueil de mon entourage professionnel, je dois avouer que je m'en inquiétais beaucoup, je craignais notamment que les patients puissent penser que j'étais un peu léger et que mes confrères trouvent que ça ne correspond pas à l'image sérieuse de notre profession mais ça a été le contraire, mes patients sont fiers et ravis, ils m'en parlent volontiers et à aucun moment, ils ont eu le sentiment de la moindre carence d'investissement ou de compétences parce que je faisais de la musique. Pour ce qui est des confrères, c’est pareil, certains sont venus me voir en concert et ils ont été agréablement surpris. Leurs retours ont été plutôt valorisants alors que je craignais le pire.
Quels sont vos prochains projets ?
Nous dévoilerons un nouveau projet hybride baptisé « New Paradox » pour le Disquaire Day ; nous allons mêler des covers de nous faits par d’autres groupes proches de l’âme de Martin Dupont, des inédits, une réinterprétation et des edits ; ce sera un double album. Nous jouerons au SO36 à Berlin le 16 avril, au Tetris - Festival Foul Weather au Havre le 23 mai, au Ferrailleur à Nantes le 30 mai et au 6Mic à Aix-en-Provence le 17 octobre.
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Martin Dupont - Full Performance (Live on KEXP)
http://KEXP.ORG presents Martin Dupont performing live at ESMA in Rennes, France, during Trans Musicales 2025. Recorded December 02, 2025. Songs: No Hands 00:00 I Met The Beast 04:35 Like A Lion ...
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