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Retrouvailles avec Joseph D’Anvers à L’Idol Hôtel à l’occasion de la sortie d’« Esterel » !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Patrice Normand

(c) Patrice Normand

Peux-tu nous dire pourquoi six longues années séparent tes deux derniers albums ; est-ce parce que tu as été « happé » par la littérature ?

C’est vrai que six années séparent « Les Matins Blancs » et « Doppelgänger » qui sortira le 05 février mais en fait, il y a eu un an et demi de tournée et cela m’a emmené jusqu’à l’été 2016. Je n’ai pas pris le temps de souffler, et je me suis mis directement dans l’écriture du roman graphique « Les Jours Incandescents » qui était composé de dix nouvelles et cela a demandé un peu de temps, entre l’écriture et les allers/retours avec le dessinateur. Quand le livre est sorti, il y a eu de la promo et dans le même créneau, j’ai commencé l’écriture de « Juste Une Balle Perdue » (ndlr: roman paru en Janvier 2020 aux éditions Rivages/Actes Sud) et ça m’a à nouveau pris énormément de temps. J’avais toujours envie de me remettre à la musique, j’avais des idées mais je me suis dit qu’il fallait d’abord finir l’écriture. Il y a ensuite eu également beaucoup de promo à assurer à la sortie du livre. C’est juste après que je me suis remis dans la réalisation et la production l’album. J’ai monté mon label, pour produire mes futurs disques, et ensuite je suis entré de plein pied dans le vif du sujet. Là dessus est arrivée la crise sanitaire…Alors, sagement, j’ai décidé de reporter de six mois la sortie de « Doppelgänger » en espérant que ça irait mieux ; ce n’est pas encore très sûr mais je crois que j’ai bien fait quand même. Tout ceci explique très vite pourquoi il y a eu six ans d’attente.

D’ailleurs « Esterel » ; ton nouveau single ; pourrait très bien être une nouvelle mise en musique tant le texte plante un décor, qu’en penses-tu ?

Sur ce nouvel album, j’ai essayé de faire des chansons comme des courts-métrages. Pour « Esterel », c’est un mec qui pleure de chagrin sur un amour perdu, qui roule à fond dans des lacets abrupts, refaisant en boucle l’histoire dans sa tête sans comprendre, avant, finalement, de se foutre en l’air. « Esterel » fait également référence à l’une de mes nouvelles graphiques qui était elle-même tirée d’une chanson de l’album précédent (« Mon Ange »). Tout s’enchevêtre, tout se nourrit de tout.

Peux-tu nous en dire plus sur la genèse de cette chanson qui annonce ton prochain opus ?

La Corniche de l’Esterel a été le cadre de nombreuses de mes vacances. De mon balcon, je voyais au loin cette route qui longe la côte méditerranéenne et pendant longtemps, j’ai essayé d’écrire une chanson sur cette corniche et sur ce lieu mais à chaque fois, je n’en étais pas satisfait. Et puis un jour, durant l’été 2019, lors de vacances qui allaient s’avérer être les dernières là-bas pour x raisons même si je ne le savais pas encore, j’ai écrit ce texte très vite en une nuit et je l’ai mis en musique le lendemain matin. « Esterel » a été écrite après « Juste Une Balle Perdue » et j’ai pensé très fort à Roman le héros de ce roman.

(c) Kourtney Roy

(c) Kourtney Roy

Peux-tu nous parler de la mise en images d’ « Esterel » ?

J’ai fait appel à Christophe Acker qui avait réalisé mes deux derniers clips. Nous ne nous étions pas vus depuis cinq ans ; nous avons tous les deux vécu des choses compliquées dans nos vies et le jour où je me suis dit qu’il fallait que je commence à penser au clip, il m’a appelé. J’ai pris cela comme un signe. Je lui ai parlé de l’idée, il m’a demandé de lui envoyer le morceau et c’est Christophe qui a pensé à Kourtney Roy avec qui il commençait à collaborer et dont le travail de photographe était susceptible de me plaire. J’ai été voir ses images qui sont très Lynchiennes, très étranges, ce sont souvent des portraits un peu inquiétants et en même temps ces photographies sont très années 50 dans le stylisme et les décors. Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais mais c’était vachement bien. Nous nous sommes rencontrés tous les trois après avoir échangé par Skype et je leur ai laissé carte blanche après leur avoir raconté l’histoire et donné le titre de l’album. Je leur ai juste donné quelques références en termes de films et de couleurs ; du rouge et du violet principalement ; et dit que j’aimerais que ça se passe de nuit. Je voulais une trame narrative mais pas trop d’histoire non plus. Christophe et Kourtney m’ont apporté un premier scénario que j’ai trouvé super mais qui s’avérait trop compliqué à tourner. Nous avons revu l’idée en nous dirigeant vers quelque chose de plus formel, comme une boucle, avec un début et une fin qui se répondent. Un jour, j’ai proposé à Kourtney l’idée d’une vieille bagnole dans un hangar dont je sortirais du coffre et elle a rebondi là-dessus avec la tenue de soirée, le fait que l’on ne sache pas d’où j’arrive, que je suis un peu amoché…ça commence comme cela.

Pourquoi ne pas avoir choisi de mettre ce titre en images de façon scénarisée dans le Massif de l’Esterel ?

On s’en foutait que le clip n’ait pas un rapport immédiat avec le décor de la chanson mais il fallait qu’il y ait quand même cette notion d’amour perdu, et ce truc mélancolique, ce spleen chic ; on ne sait pas trop ; chacun y projette ce qu’il veut. Si on avait été trop littéral avec l’image du clip, on aurait trop fait comprendre, été trop didactiques. Il fallait rester énigmatique.

Quelles ont été tes envies sur ton nouvel album ?

Dans ce nouvel album, chaque chanson est comme un court-métrage : il y a cet homme sur la corniche de l’Esterel, des adolescents dans une boîte de nuit en province, un soldat dans une tranchée, un mec qui rêve de partir à Los Angeles, un loser dans un palace, deux ados pyromanes…J’ai essayé de faire plusieurs histoires qui parlent de ce qui me tient à cœur tout en ayant une vision un peu cinématographique. Il y aura également des interludes musicaux avec des extraits de films sur ce disque, un peu comme lors de mes concerts. Sur cet album, j’explore plusieurs styles musicaux (electro, lo-fi, piano/voix, pop…). On pourrait presque dire qu’il s’agit d’une playlist plus que d’un album, d’un voyage dans différents univers avec pour fil rouge ma voix et mes préoccupations.

(c) Kourtney Roy

(c) Kourtney Roy

« Doppelgänger » possède-t-il un thème central ?

Non, il n’y a pas de thème central sur cet album. Comme j’ai monté mon label, je suis devenu mon propre producteur et j’ai essayé de faire les choses différemment, de tout maîtriser et de livrer quelque chose dont je sois entièrement dépositaire ; non pas que je ne l’étais pas avant car j’ai toujours fait ce que je voulais au sein de mon ancien label Atmosphériques mais il y avait quand même un patron, un directeur artistique, un directeur marketing, un éditeur…et à chaque fois que l’on me soumettait une suggestion, je me disais qu’ils avaient peut-être raison et je me retrouvais à modifier mon projet des fois pour le mieux et parfois pour moins bien. Là, pour le coup, je ne peux en vouloir qu’à moi-même. Je me suis demandé s’il fallait que j’aie un thème sur cet album que je vois comme un nouveau départ et puis, je me suis dit que les albums ne sont plus vraiment d’actualité car les gens écoutent plutôt titre par titre maintenant. J’ai eu envie de fonctionner comme un premier album qui regroupe des chansons écrites sur plusieurs années, sans calcul, en toute candeur. « Esterel » date d’il y a un an et quelques alors que « L’ Inconséquence » a été écrite en mars 2020 au tout début du confinement. Une chanson comme « Los Angeles », elle, date d’il y a plus de dix ans mais elle n’avait jamais trouvé sa place dans l’un de mes précédents disques. Je me suis dit que c’était intéressant d’avoir un peu de moi à différentes périodes sur cet album. Il n’y a pas de thème central avec cette manière de faire mais quelqu’un qui me connaît va quand même retrouver mes préoccupations, mes intérêts, mes questionnements. Le liant vient de cet enchevêtrement de chansons qui peuvent s’écouter une par une car elles sont très différentes les unes des autres, mais quand on prend le temps d’écouter les dix-sept titres, dans l’ordre, on part sur un chemin.

Le premier extrait de ce disque montre une évolution clairement plus electropop ;  ce qui montre que tu ne restes pas sur tes acquis ; pourquoi as-tu baptisé ton nouveau disque ainsi alors qu’il signifie sosie en français ?

Doppelgänger, c’est le double, généralement maléfique ; cela vient de la mythologie scandinave/nordique. C’est également le nom de mon label. Cette structure me permet de produire mes différents projets. En ce moment, par exemple, je compose une bande originale pour une magnifique pièce de théâtre (ndlr: Jellyfish, dont la première sera le 7 janvier 2021 à la Comédie de Caen), je travaille sur une série en cours d’écriture (ndlr: une comédie musicale electro/rap), je me remets à écrire et composer pour d’autres artistes et du coup, cette société m’offre la possibilité d’expérimenter toutes les facettes de ma personnalité. Souvent, le projet Joseph D’Anvers en tant que tel me restreint car je me vois mal faire du Reggae ou de la Techno Hardcore du jour au lendemain mais maintenant, pourquoi pas? Doppelgänger est un moyen d’exprimer mes sosies et mes doubles, maléfiques ou pas. Cet album, c’est moi et mes multiples facettes.

La pochette de ton nouvel album a quelque chose de très nocturne, ce terme symboliserait-il bien « Doppelgänger » ?

Oui, tout à fait et je dirais même qu’il symbolise bien tout le projet en général depuis 15 ans. Je me rends compte que j’utilise souvent le mot nuit et que j’en parle souvent. Je ne me couche toujours pas très tôt mais j’ai souvent vécu la nuit. Souvent, quand tu es dans une maison de disque, il y a une charte en ce qui concerne les pochettes, on doit généralement voir ta tête dessus. Très vite, j’ai dit à Kourtney que nous n’étions pas obligés de faire un portrait, j’avais plusieurs directions et c’est elle qui est revenue vers moi avec l’idée d’une vieille bagnole Américaine, à travers le pare-brise avec des jumelles.  Elle voulait que nous soyons au milieu d’une histoire, d’un scénario. Qu’est ce que je fais dans cette bagnole, l’air un peu inquiet, avec ces jumelles? D’où venons nous? Où allons-nous? C’est un instantané d’un moment. On raconte une histoire, et je trouve ça hyper intéressant. Je voulais aussi qu’on reste sur les territoires du clip.

(c) Kourtney Roy

(c) Kourtney Roy

Toi qui es un homme de scène mais également un auteur d’œuvres littéraires, comment as-tu vécu cette année 2020 durant laquelle la culture a été bâillonnée dans les sens du terme ?

Cette année, en plus de ça, j’ai eu d’autres coups durs ; le début du premier confinement a été un peu compliqué pour ma pomme mais en même temps, en mars, je me suis dit que tout le monde était dans le même bateau. Tout le monde allait mal. Alors bizarrement, ça m’a aidé à surmonter tout ça. Après, comme beaucoup d’entre nous, je vis quand même plutôt mal cette situation qui n’en finit pas.  Le plus difficile, c’est ce manque de direction, de projection possible, c’est cette incohérence et cette absurdité parfois, cette injustice aveugle qui permet à certains de reprendre leur activité quand d’autres, arbitrairement, doivent garder porte close et mourir lentement. Tout cela, au delà du sanitaire et de l’économique, est d’une violence sans nom qui m’effraie et me révolte à la fois. Notre époque a certains relents que je ne goûte guère. Après, d’un point de vue personnel, j’ai dû annuler pas mal de ciné-concerts au printemps et ça a mis un gros coup d’arrêt à mon roman qui partait très très bien. « Juste Une Balle Perdue » est sorti en janvier, la presse suivait, les ventes s’enclenchaient très bien, les retours étaient merveilleux et la promotion s’est arrêtée nette. J’étais invité au Salon du Livre de Paris, je devais participer à la Foire du Livre à Montpellier et à pas mal d’autres festivals, être dans le jury du Festival International du Film Policier de Beaune…tout a été annulé. Plein de choses sont tombées à l’eau mais j’ai accepté le truc. En revanche, je trouve la non-acception de certains mecs du métier de la musique très égoïste car les gros artistes qui n’ont pas pu tourner cette année veulent le faire en 2021 et du coup, comment cela va se passer l’année prochaine, cela veut dire que nous, les nouveaux projets, nous n’existerons pas ? Ou alors nous tournerons en 2022? Quid des artistes de 2022 dans ce cas? C’est sans fin. Je pense qu’il faut accepter la situation, voilà tout. Plus largement, au niveau de la culture, j’ai trouvé que la plupart des décisions prises par le gouvernement étaient complètement absurdes. Il y a beaucoup d’injustice et d’incohérence. Les actes politiques qui révèlent ce qu’au fond pensent nos dirigeants des livres, de la musique, des films, du théâtre me fait peur, me dérange et me consterne profondément. Vu d’ici, nous sommes au royaume de l’arbitraire et en cela, pas très loin d’une société dictatoriale.

Comment appréhendes-tu la sortie de ton nouvel album prévu pour le 05 février ?

C’est une date spéciale pour moi alors j’y vois un signe, quelque chose de positif. On se raccroche à ce qu’on peut en ce moment ! D’une manière plus générale, j’essaie de me dire que je n’attends plus rien de rien. Le clip d’ « Esterel » démarre très fort et j’en suis hyper content. Nous allons tous faire du mieux possible pour qu’un maximum de gens puisse l’écouter. En revanche, impossible de savoir ce qui sera possible ou non en 2021 et 2022. Nous sommes en train de monter une tournée mais nous ne sommes pas certains qu’elle ait lieu. Nous n’avons pas les informations. Nous faisons comme si, mais c’est hyper compliqué. Nous ne savons pas quoi faire. Mais nous le faisons quand même.

Retrouvailles avec Joseph D’Anvers à L’Idol Hôtel à l’occasion de la sortie d’« Esterel » !
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