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Retrouvailles avec Nawel Ben Kraïem à l’occasion de la parution de « Délivrance » son nouveau disque !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Nabila Mahdjoubi

(c) Nabila Mahdjoubi

Peux-tu nous en dire plus sur ton choix d’appeler ton album « Délivrance » ?

Délivrance est un peu un mot tiroir qui évoque beaucoup de choses. La première définition serait de se délivrer/s’affranchir et j’aime bien cette notion de liberté. Ensuite, la délivrance est le deuxième temps après l’accouchement dans le milieu de la gynécologie. Il y a donc cette notion de second temps après une naissance concrète et comme j’ai écrit cet album alors que j’étais enceinte, j’ai été traversée par le thème de la naissance. Ce n’est pas une naissance artistique car j’avais déjà fait plein de choses avant ce disque mais c’est un deuxième temps. Par ailleurs, sur cet album, il y a une chanson à la première personne qui s’intitule « Délivrance », c’est un titre très sincère qui parle du besoin de respirer et de faire tomber les masques au sens figuré. Comme à un moment, j’en ai eu marre des décisions et des temporalités qui n’étaient les miennes dans les maisons de disques, j’ai voulu présenter quelque chose de plus affranchi et de plus personnel et j’aimais bien que cette chanson représente un peu le centre de cet opus. Enfin, « Délivrances » est également le titre d’un roman que j’adore et du coup, c’est un petit clin d’œil à cette œuvre de Toni Morrison dont j’ai lu beaucoup de choses. Je dirais que dans ses écrits, il y a toujours des personnages forts et une sorte de conscience politique des injustices.

Peut-on voir ce disque comme un chemin de vie ou une odyssée ?

Oui, on peut le voir comme cela car il y a quelque chose qui prend son temps et qui se transforme comme lors d’un voyage.

Tu dis, sur le livret de « Délivrance », que l’histoire commence par une absence…a-t-elle été l’élément déclencheur pour crée ce disque ?

Oui, il y a trois chansons que j’aimais qui n’étaient pas rentrées dans le précédent EP et elles ont été le point de départ de cet album. Elles ont en commun une vraie mélancolie, quelque chose qui a trait à la perte, au manque à combler. « Inia » aborde plus la perte romantique, « L’Absent » parle du deuil et « Lebess » traite du fait que quelque chose se brise après un drame qui peut être politique ou collectif. Ces trois chansons ont en commun cette émotion de la perte et j’ai tissé à partir de cela pour voir comment on se relève de ce vide.

(c) Nabila Mahdjoubi

(c) Nabila Mahdjoubi

Peux-tu nous parler de la conception de cet opus ?

J’ai voulu confectionner cet album avec le moins d’interlocuteurs possible et avec l’idée d’assumer mon éclectisme. Par le passé, on m’a beaucoup dit qu’il fallait que je recentre sur quelque chose de Pop ou d’expérimental ou sur quelque chose d’intello ou sur quelque chose de plus chanson mais moi, je pense que toutes ces couches ont le droit d’exister. Mon envie était d’avancer à l’instinct et d’être un peu d’être le seul maitre à bord tout en choisissant quand même un coréalisateur.

Musicalement parlant, comment le décrirais-tu ?

 Je dirais qu’il est hybride, intemporel et assez habité. Parmi toutes les belles rencontres que j’ai pu faire grâce à Capitol qui avait sorti mon précédent EP, j’ai décidé de prolonger la collaboration avec Mitch Olivier qui a notamment travaillé sur des albums cultes de NTM et d’Alain Bashung. 20 ans après, on peut réécouter ces disques et se rendre compte qu’ils ne sont pas démodés. Dans sa façon de mixer, Mitch est toujours au service de l’atmosphère et de l’émotion et une émotion ne se démode pas même si les styles évoluent.

Toutes les chansons présentes sur « Délivrance » touchent-elles l’intime ?

Non car « La Révolution Des Figuiers » est un regard dans le rétroviseur et avec du recul sur la révolution Tunisienne et tous les éveils collectifs du monde Arabe. C’est une réécriture de l’une de mes chansons qui était sortie il y a quelques années et qui parlait du Printemps Arabe. Comme cet album sort en physique, ça me faisait plaisir que cette chanson y figure avec mon regard d’aujourd’hui et avec des couplets en français. Pour le coup, ce n’est pas une chanson intime mais sur une émotion collective. « D’Habitude » est une chanson qui parle plutôt de mon regard sur l’immigration, l’exil et la double culture et quant à « Lebess », elle parle de ces respirations que nous pouvons trouver tous ensemble pour nous relever. Quand il y a un drame collectif, cela impacte l’intime et cela nous lie à quelque chose qui nous dépasse quand même et qui nous connecte aux autres.

(c) Nabila Mahdjoubi

(c) Nabila Mahdjoubi

Quels sont les autres thèmes majeurs que tu abordes sur ce disque ?

Dans cet album, il y a une vraie place faite à l’amour avec un grand A ; cela peut-être celui que j’ai découvert et éprouvé comme une mère ; cet amour est ambivalent, infini et très fort ; celui du romantisme comme dans « Inia » et « L’Absent » ; nous vivons dans une époque où l’on parle beaucoup des histoires qui se finissent et des rencontres éphémères mais pour ma part, les rencontres me marquent longtemps en général et j’ai fini par assumer cette part de moi qui est fidèle et un peu à l’ancienne. Dans ce disque, il y a une part un peu mystique également dans des titres comme « Esprit » et « En Chemin ».

Tu n’es pas seule sur cet album ; qui t’accompagnes dans ce périple musical ?

Il y a pas mal de gens ! Il y a notamment le binôme Hip-Hop Chambre 20 qui a donné des couleurs machines à pas mal de titres comme « Délivrance » et « Neuf Moi ». Tim Whelan de Trans Global Underground qui a donné du « lâchage de chiens » à mon album. Il a crée des plages qui sont hors chansons et qui font du bien sur un long format. Nassim Kouti qui est un collaborateur de longue date a joué de l’oud et de la guitare sur l’album et nous avons partagé un morceau tous les deux ; ça s’est fait très naturellement. J’interprète également un autre titre en duo avec Osloob qui est un rappeur Libanais et Palestinien qui vit à Saint-Denis. Comme avec Nassim, cela s’est fait sans stratégie, à l’instinct et ça allait bien avec l’énergie de cet album.

Il me semble d’ailleurs que le terme périple n’est pas galvaudé ici, où nous emmènes-tu avec cet album ?

Je vous emmène un peu à Londres grâce à Tim, un peu en Tunisie avec notamment « Den Den City » qui revient sur mon enfance ; ce morceau a un petit côté Country du Bled dans son approche un peu décalée ; sur « Lebess », j’emprunte un refrain Algérien qui m’a toujours bouleversée, au début de « Neuf Moi », on entend également un début de berceuse Algérienne…Sur « Délivrance », il y a un voyage entre les sons parisiens Hip-Hop, les sons un peu Anglais de Tim, un retour au Maghreb-Tunisie-Algérie et un peu du Moyen-Orient avec le Rap qui est vraiment dans le dialecte Libanais d’Osloob.

(c) Nabila Mahdjoubi

(c) Nabila Mahdjoubi

« Neuf Moi » parle de ta récente maternité ; que dirais-tu à ton enfant s’il veut suivre tes pas dans la musique plus tard ?

J’essaierais de lui donner un maximum de confiance et je lui conseillerais de ne pas écouter les voix qui pourraient le déstabiliser ou le décourager. Je lui dirais que le plus dangereux, ce sont les temps d’arrêt. S’il a le souhait de faire ce métier, c’est qu’il aura une créativité et le plus important, ce sera de plus donner toute la place.

Que souhaiterais-tu toi-même à cet album ?

Sans prétention, de faire du bien aux gens comme ça m’a fait du bien de le faire. D’aller au bout de ce geste, seule, je me suis dépassée, j'ai été guérie par ce disque qui a eu vraiment une fonction de délivrance. J’espère que cet album va rencontrer le coeur des gens surtout dans la période dans laquelle nous sommes actuellement car elle nous renferme et nous isole les uns sur les autres. J’aimerais participer à une chaîne qui permettrait aux gens d’ouvrir leurs émotions et de se relier plutôt que d’être dans la peur et d’être isolés.

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