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Retrouvailles avec Cyril Mokaiesh à quelques semaines de la sortie de son nouvel album !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Tamina Manganas

(c) Tamina Manganas

Ton nouvel album s’intitule « Paris-Beyrouth » que représente ces deux villes pour toi ?

Ces deux villes représentent beaucoup pour moi et notamment ma double culture. Une partie de ma famille est Française du côté de ma mère et mon père est Libanais. Je n’ai eu clairement que la culture Française, je n’avais jamais passé autant de temps à Beyrouth que durant l’élaboration de ce nouvel album; je ne parle que quelques mois d’arabe mais je pense que pour ressentir une culture, il n’y a pas forcément besoin d’avoir passé du temps dans un pays. Il y a eu une envie de se découvrir soi-même mais aussi un pays riche en histoire. J’ai toujours senti une part Libanaise en moi mais j’attendais le moment pour ouvrir cette porte. J’ai profité de cet album et du temps d’écriture que j’avais pour me dire que j’allais faire ce disque entre Paris et Beyrouth. La moitié de ce que j’ai écris et enregistré a été faite ici et l’autre moitié ; l’atmosphère dont je me suis imprégné et les rencontres que j’ai pu faire ; s’est faite là-bas.

Ce nouveau disque est-il le fruit d’un périple ?

Ce nouvel album est le fruit d’un voyage important. J’avais déjà fait un album en étant parti à Buenos Aires mais ça s’était fait sur un coup de tête et sur une envie d’ailleurs alors que pour « Paris-Beyrouth », il y a quelque chose de personnel. Ma grand-mère vit là-bas, nous avons une maison de famille à Beyrouth et c’était l’occasion d’y passer du temps. Durant ce voyage unique pour moi, j’ai pu notamment regarder des albums photos et cela m’a permis d’en apprendre plus sur mes ancêtres et sur le vécu de cette maison. J’ai fait ce voyage à 34 ans, je ne sais pas si je le referais un jour ou en tout cas, si je consacrerais de nouveau un album à Beyrouth. C’était le moment pour moi mais ce n’était pas un périple car ce terme sous-entend qu’il y a des déconvenues ; en revanche, il y a eu des moments de doute. Je voulais que cet album soit collectif, qu’il y ait des intervenants et forcément, on en attend beaucoup des autres, surtout quand on prend très à cœur ce projet mais finalement, ça a été un voyage lumineux.

Le titre « L’Origine » qui ouvre ce nouveau pas discographique est très autobiographique, de quelle manière as-tu voulu faire ce « bilan » sur ta vie ?

Ce morceau est arrivé assez tardivement dans l’écriture car j’avais quasiment terminé l’album mais je me suis rendu compte qu’il manquait peut-être une chanson qui explique pourquoi je suis parti à Beyrouth. Comme tu le dis, cette chanson est autobiographique ; je démarre de ma plus jeune enfance et j’arrive jusqu’au moment de partir là-bas car je ressentais le besoin de mettre de la couleur dans mes yeux et de me nourrir de cette culture.  J’ai mis de l’autodérision dans cette chanson car c’est plus intéressant de brosser un portrait de soi sans concession. Quand on parle de soi, il faut y aller fort sans se faire de cadeaux sinon ça n’a pas d’intérêt.

(c) Tamina Manganas

(c) Tamina Manganas

Quand tu regardes en arrière, quels enseignements gardes-tu de tes expériences passées ?

Je suis quelqu’un qui a besoin d’aller piocher dans le passé et parfois même longtemps et de manière mélancolique. Pour moi, c’est une énergie, c’est un moyen de me comprendre, d’appréhender mon parcours et de rebondir en me demandant vers quel risque je vais encore aller. On parle souvent de passion en ce qui concerne la musique, je ne sais pas si ça en est une mais en tout cas, c’est un risque que j’ai voulu prendre et que j’essaie de renouveler à chaque album et c’est ça qui crée de la passion. Encore une fois, je ne me fais pas de cadeaux sur mon passé mais avec les années, j’essaie de ne pas me faire trop de mal et de regarder les choses positives qui se sont passées et il y en a eu. A chaque album, j’ai envie d’un nouveau risque, de nouvelles rencontres, d’un nouveau moteur et celui-là a été tracé dès le départ, je n’ai pas eu à chercher.

Musicalement parlant, « Paris-Beyrouth » marque une évolution plus électronique dans ta discographie, cela vient-il d’un déclic ou peut-être d’une rencontre ?

Cette évolution electro-orientale vient de cette union avec Valentin Montu qui a co-composé un certain nombre de chansons avec moi et qui est le réalisateur du disque. Nous nous connaissons depuis longtemps et nous avons développé un lien fort depuis la tournée de Bernard Lavilliers où nous étions en première partie. Je pense que des choses se sont jouées en écoutant de la musique, en discutant, moi notamment de mon projet Paris-Beyrouth que j’avais envie de mettre en place une fois la tournée terminée ; lui et moi, nous nous sommes mis dans des dispositions à pouvoir échanger assez vite et travailler ensemble. A un moment donné, je lui ai présenté un bout de compo en lui disant qu’il pourrait peut-être être utile et qu’on pourrait essayer quelque chose. Il m’a invité chez lui, nous avons commencé tout de suite la maquette de la chanson « Le Grand Changement » et nous avons terminé le titre dans l’après-midi. Ça a été un déclic car je me suis dit que j’avais trouvé un binôme sur cet album. A force d’avoir discuté pendant cette période de tournée, on n’a quasiment rien eu à se dire pour la suite, tout avait été digéré et intégré. L’échange s’est fait de plus en plus large, l’un commençait une chanson et l’autre la terminait, c’est devenu une vraie complémentarité.

Quels sont les thèmes principaux de « Paris-Beyrouth » ?

Cet album aborde l’énergie d’une ville, la puissance d’un voyage, il y a un côté découverte dans mon écriture, il y a de l’observation car Beyrouth est une ville chargée, déchirée, passionnée ; il y a comme cela des villes parfois chaotiques mais extrêmement lumineuses ; c’est une ville avec beaucoup de paradoxes. D’un quartier à l’autre, on change complètement de décor, de religion et radicalement de milieu social. De ces grandes différences-là, émerge forcément une richesse et c’est ce que j’ai observé. Il n’y a pas de religion dans mon disque mais il y a quelque chose de spirituel que je ne me suis pas privé de mettre en avant car on ne peut pas aller à Beyrouth sans évoquer un lien avec quelque chose d’indicible ou de presque divin. Les croyances sont fortes dans cette ville où les gens ont une profondeur spirituelle et j’ai essayé de la retranscrire un peu en chanson. Par ailleurs, dans cet album, on retrouve toujours la conscience politique du monde dans lequel on vit et qui est en mutation en ce moment ; on ne peut plus le nier. Je me raconte dans cet album mais ce n’est pas que moi et moi car il y a des collaborations et donc un échange dans ce disque. J’espère que cet album est ouvert, il démarre un peu dans l’ombre et il se termine vers quelque chose de plus lumineux.

(c) Tamina Manganas

(c) Tamina Manganas

Peux-tu nous en dire plus sur les collaborations présentes sur ton nouveau disque ?

Au-delà des collaborations avec les artistes présents sur ce disque, il y en a des « invisibles », je pense notamment aux personnes qui ont réalisé le clip « Beyrouth », au danseur qui est venu faire une performance, à Ziyad Sahhad un joueur de oud et qui a été le premier a me dire qu’il voulait participer à l’album et qui m’a présenté des gens…Le but était que sur chaque chanson, il y ait du Paris et du Beyrouth. Bachar Mar-Khalifé est venu jouer du piano sur « La Vie Est Ailleurs » et sa partie est très créative. Razane Jammal qui est comédienne me rejoint sur « Au Nom Du Père » ; je voulais du parlé sur ce titre qui est une déambulation dans Beyrouth ; on pourrait croire que nous sommes dans un taxi et que nous nous répondons tous les deux. J’avais vu « Le Radeau » avec Sophia Moüssa à l’Institut du Monde Arabe, cette comédienne qui rappe également est devenue une amie et elle est venue poser un rap sur « La Lueur ». Elle parle de la difficulté avant qu’explose la révolution qui se passe en ce moment au Liban. Dans son texte poignant en arabe, elle décrit un Beyrouth avec plein de promesses non tenues.

D’après toi, que faudrait-il retenir de cet album ?

« Le Cantique Des Oiseaux » qui est un livre de poésie Persane du 13ème siècle écrit par Farid al-Din Attar m’a beaucoup inspiré pour cet album, cette œuvre m’a guidé tout du long et j’en fait d’ailleurs des lectures sur scène. Je me suis rendu compte que j’avais un peu imiter le vol des oiseaux de ce livre qui traversent sept vallées pour tenter d’accéder à une forme de sagesse. Je ne sais pas si on ressort de cet album plus sage que l’on y entre mais en tout cas, c’est une quête vers quelque chose qui peut s’apparenter à de la lumière. Cet album commence dans quelque chose d’assez dur et de fermé et au fur et à mesure qu'il se déroule, on avance dans quelque chose de plus lumineux et de plus recentré sur les éléments de la nature. Je suis allé à Beyrouth mais c’est également valable ici. J’ai envie que l’on puisse lâcher un peu ces tablettes et ces réflexes occidentaux afin de se plonger dans ce disque en se disant que c’est vraiment une évasion.

La pochette de ton précédent album était assez sombre, quelle couleur donnerais-tu à « Paris-Beyrouth » ?

Ce nouvel album est illustré par une photo en argentique sur laquelle il y a un accident de pellicule qui fait une trajectoire orangée et qui suit un peu mon voyage Paris-Beyrouth mais je retiendrais le blanc de la pochette, il est assez discret mais j’aime bien ce cadre.

(c) Tamina Manganas

(c) Tamina Manganas

Peux-tu nous présenter les lieux chers à ton cœur à Beyrouth ?

Même si beaucoup de choses ont été détruites et reconstruites après de manière un peu sauvage, nous avons une jolie maison qui perdure dans le quartier populaire Zokak el-Blat qui est un peu en hauteur. Ensuite, je me déplace beaucoup dans Achrafieh, Gemmayzé qui est vraiment le quartier culturel et festif où il y a notamment des concerts. Toujours sur le même chemin, un peu plus loin, il y a Mar Mikhael où ça fleurit de cafés et où les gens sont dehors, il y a beaucoup d’artistes et de commerçants. On se connait tous très vite ; nous Français, on n’est pas perdu, il y a le côté Méditerranéen et les gens nous ressemblent. Il y a une grande vitalité dans cette ville.

Quelles sont tes actualités ou projets à venir ?

Je me suis baladé dans Beyrouth avec Tamina Manganas qui est une amie très talentueuse qui fait des photos en argentique et nous avons retracé un peu le chemin des endroits où j’aime aller, nous avons saisi des instants avec les gens que j’aime passer du temps ; mes amis, ma famille. J’avais envie de mettre de l’image sur cet album et que l’on puisse feuilleter l’album en écoutant le disque car je pense que cela donne des clés. La précommande de ce livre de photos est déjà ouverte. Le clip qui illustre « La Vie Est Ailleurs » vient de sortir. Le mercredi 11 décembre, je vais présenter « Paris-Beyrouth » à La Maison de la Poésie-Scène Littéraire et je vais lire également des extraits du « Cantique Des Oiseaux » dont je parlais précédemment. L’album sortira le 10 janvier et je serai en concert le 03 mars au Trianon. J’espère que des dates en province arriveront très vite courant 2020.

(c) Tamina Manganas

(c) Tamina Manganas

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