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Rencontre avec La Vague à l’occasion de la parution de leur excellent nouvel EP !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Romin Favre

(c) Romin Favre

Pouvez-vous présenter La Vague à nos lecteurs ?

John : Je suis musicien, producteur et multi instrumentiste. La Vague existe depuis environ 4 ans, nous en sommes à notre second EP et c’est mon projet principal même si je bosse en parallèle avec une rappeuse dans le projet de Carole Pelé.

Thérèse : Je m’appelle Thérèse, Claudia, Maniseng, Lin Fu Xian et mes parents m’appellent Pao-Pao. J’ai plein de prénoms et donc plein de personnalités. Il n’y a pas longtemps, on m’a demandé de me décrire et je crois que j’ai trouvé une définition : je me considère un peu comme un arc-en-ciel parce que je suis très colorée et cela symbolise également cette espèce de rencontre entre la pluie et le beau temps. Je suis quelqu’un de très contrasté et peut-être très extrême. Je peux être très solaire comme très mélancolique. Dans La Vague qui est mon premier projet musical, je suis essentiellement auteure et chanteuse et je « compose » avec John en lui apportant des petits bouts de dentelle et c’est lui qui fait toute la charpente pour faire de jolis morceaux. En dehors de La Vague, je prépare des feats avec quelques artistes pour 2020 et je suis styliste. Je fais de la D.A notamment pour des artistes en développement et cela m’intéresse énormément d’aider d’autres artistes à défendre leur propos musical et traduire leur musique en vêtements. Pour le fun et pour l’image, je fais des éditos photos et je pose de plus en plus pour des marques.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Faire de la musique ensemble a-t-elle été une évidence ?

J : Nous nous sommes rencontrés dans une jam. Au-delà de la musique, il y a eu une rencontre humaine. La musique est venue assez vite et nous avons commencé à faire des reprises en guitare-voix et au bout d’un moment, nous avons décidé de composer des chansons afin de voir ce que cela allait donner, nous en avons été contents et nous nous sommes dit assez vite que nous allions y aller à fond même si nous ne savions pas encore trop dans quoi nous nous embarquions.

T : Nous avons crée une première chanson ensemble et nous nous sommes dit après que nous allions monter un projet. Nous sommes un peu tarés quelque part car nous avons tout misé sur l’écriture d’une chanson ! Nous avons très rapidement composé pour plusieurs musiciens, démarché et fait travaillé l’image. 

Pourquoi La Vague ? Est-ce une métaphore de votre musique ?

T : Oui, complètement !

: Nous aimons beaucoup le pouvoir évocateur de ce nom et sa symbolique multiple. L’eau peut être calme ou au contraire déchaînée, solide ou liquide.

: Ça peut être la Méditerranée ou Hokusai. 

J : Cette variation du meilleur comme du pire exprime bien celle de nos personnalités et même de l’âme humaine.

T : Cela peut être très fragile ou très fort selon les moments et puis, l’eau est l’élément de vie. C’est presque l’élément premier. Comme on peut voir dans le clip de « Lemme Be », nous avons un côté très futuriste mais également très animal et cela se retrouve dans nos personnalités. Il y a quelque chose d’assez primaire dans La Vague et nous l’exprimons de façons assez différentes.

(c) Romin Favre

(c) Romin Favre

Encore plus que musicalement, que présentez-vous artistiquement parlant ?

: La liberté, la multiplicité, la fluidité et cela a encore une fois un rapport avec l’eau. Je défends le fait de pouvoir être qui tu veux et de faire ce que tu veux au-delà des cases et des étiquettes que l’on veut nous coller. Nous sommes dans une époque où l’on s’octroie le droit de mêler les genres et j’ai l’impression que les gens sont prêts à entendre ce genre de choses. Que ce soit dans la musique ou d’un point de vue plus politico-social. Je suis beaucoup dans le mélange des cultures et La Vague l’est aussi. Aujourd’hui, je pense que l’humanité toute entière gagnerait à exploser toutes les barrières. L’objet artistique de La Vague est d’essayer à pousser les gens à se poser des questions et déconstruire leurs croyances pour les reconstruire à leur façon. Je l’ai fait de manière personnelle à l’âge de 27 ans, je me suis demandé ce que je voulais garder et ce que je voulais éradiquer de mon éducation afin de savoir ce que j’avais envie de faire de ma vie aujourd’hui. Si on peut pousser les gens à faire ça et devenir ce qu’ils ont envie de devenir, aussi bizarres qu’ils soient et aussi loufoque que cela puisse être, ça serait chouette. Nous avons envie d’inviter les gens à créer leur propre case et de la faire évoluer.

J : Au sein de La Vague, ce qui m’intéressait artistiquement était d’arriver à mélanger différentes influences. Je voulais qu’il y ait de la guitare, du Hip Hop, de la Pop, de l’Electro et que cela fasse quelque chose de cohérent et de personnel. Je trouve souvent que les artistes inscrivent leur musique dans des codes déjà définis et ça m’a souvent gêné car j’aime les artistes qui réinventent les choses et c’est ce que j’essaie de faire dans mon travail. Nous sommes un peu dans la mouvance de Diplo et Dj Snake, nous faisons la musique que nous voulons sans respecter les codes.

De quoi parlent vos textes ?

T : En général, le rapport enfermement/libération est le fil rouge de nos chansons ; je m’en suis rendu compte a posteriori. « Lemme Be » est une chanson écrite à la base pour les hypersensibles car j’ai découvert il y a quelques années que je faisais partie de ce profil des zèbres. De m’en rendre compte, ça m’a libérée et je me suis acceptée telle que je suis. Toutes les paroles de cette chanson sont un peu barrées et surréalistes. Elles représentent la façon dont je me voyais parfois en société ; j’étais cet animal bizarre au milieu de tous qui ne rigole jamais en même temps que les autres au ciné ou qui se met à chialer alors que tout le monde est en train de rire…En écrivant cette chanson qui parle de l’acceptation de soi et de liberté et en la chantant en live, je me suis rendu compte que beaucoup de gens se reconnaissaient dedans. « Tumble » parle du fait d’être contradictoire et c’est quelque chose qui m’a beaucoup fait souffrir quand j’étais plus jeune et j’avais l’impression d’être tarée car je voulais tout et son contraire. Si j’arrive à exorciser cela dans cette chanson, c’est que je l’ai accepté et que c’est derrière maintenant. « Dernière Saison » et « Guilty » parlent de l’enfermement par rapport au couple. Dans notre société, on nous montre pas mal qu’il faut être en couple, avoir des enfants…, je ne dis pas du tout que c’est quelque chose de mauvais mais ça met une pression pas possible qui peut peser sur les gens et en particulier sur les femmes trentenaires. Par ailleurs, le fait d’être en couple, c’est dur, tu peux aimer quelqu’un très fort mais c’est un combat qui peut t’enfermer en tant qu’individu. « Let Them Fall » parle notamment de la sensibilité des hommes. J’ai écrit ce texte car je crois beaucoup au principe du masculin et du féminin au sein d’une même personne et je trouve que la part féminine de l’homme n’est pas suffisamment mise en valeur dans notre société aujourd’hui. Cette chanson leur dit de s’ouvrir à leur sensibilité et que ce n’est pas en pleurant qu’ils seront moins virils. « Fierté » parle du rapport que j’avais avec mon père car cela a évolué. J’ai eu une éducation très dure, j’étais l’ainée d’une famille Asiatique et j’ai souffert pendant très longtemps du syndrome de la bonne élève car j’ai toujours cherché l’amour de mon père en essayant de me surpasser. Il y a eu des effets bénéfiques à ça mais également des névroses. Même si je me suis construite contre mon père, « Fierté » est une chanson de pardon et d’amour : même si je lui en mets plein la tronche, je lui dis merci. Au-delà de mon histoire personnelle, beaucoup de gens pourront se reconnaître - j’espère - dans cette chanson qui est extrapolable à toutes autres formes d’autorité psychologique.

Qu’est-ce que chacun apporte au projet ?

J : Thérèse apporte une personnalité forte sur le devant de la scène, c’est avant tout une frontwoman et il faut avoir quelqu’un d’emblématique comme elle dans un groupe. Thérèse apporte son style à La Vague. Je vais mettre également en avant son don pour tout ce qui a trait à la communication et au marketing.

: Je vais mettre en avant ses idées créatives et son acharnement. John est un très bon compositeur qui a mille idées à la seconde. Il est curieux musicalement parlant et cela apporte une richesse au projet. John a beaucoup de patience avec les machines afin de trouver le bon plugin qui sonne. Par ailleurs, je vais citer également sa rébellion permanente.

(c) Lisa Bontemps

(c) Lisa Bontemps

Quel mot chacun me donnerait pour définir l’autre ?

T : Révolutionnaire.

J : Fédératrice.

Un second EP vient de sortir, marque-t-il une évolution par rapport à « Serotonin » paru en 2017 ?

: Oh oui, une grande évolution !

: Nous avions fait « Serotonin » vraiment en autoproduction sur une base assez Rock avec des ajouts de synthés car nous avions déjà cette volonté d’aller vers l’électro. Pour notre second EP, nous avons travaillé différemment au niveau de la prod, des instruments et de la composition. J’ai fait les basses moi-même avec des plugs,  j’ai composé notamment avec des moogs et ça change quand même beaucoup la manière de sonner. Nous avions la volonté d’aller vers des synthés et de mélanger l’organique et l’électronique. Je suis devenu moins tortueux dans la composition et donc plus efficace. Nous voulions quelque chose de très Pop sur les refrains tout en ramenant ce côté un peu sophistiqué dans la compo et dans les arrangements. Je suis content du résultat car ça part dans tous les sens, nous nous sommes permis plein de choses mais ça reste efficace et c’était l’objectif.

T : Au niveau des textes, je trouve que la lignée est la même mais pour ce nouvel EP, je vais dire qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. Globalement, les textes que j’écris que ce soit dans La Vague ou non ne sont jamais hyper joyeux car je me pose beaucoup de questions, il y a souvent un peu de sarcasme dedans mais comme je vais mieux et que je suis plus en paix avec moi-même, ils sont donc plus lumineux et nous avons également traduit ça par l’image. Finalement, quand on regarde les clips qui illustrent « Hardcore Melancholia » et « Lemme Be », l’ADN est le même, il y a toujours du contraste, c’est toujours John et moi, c’est juste que nous avons réussi le pari d’aller plus loin dans l’hybridation. Avec plus d’expérience, de recul, de recherche et de réseau, nous avons une plus grande maitrise de ce que nous voulons faire. Avec l’aide de tous les gens qui nous ont épaulés sur le projet ; le producteur, Charlie sur la D.A visuel et qui a réalisé le clip de « Lemme Be », David qui a travaillé sur la musique, nous avons touché du doigt ce que nous avions dans la tête et c’est hyper dur. Notre évolution vient de là mais également de notre évolution personnelle.

(c) Lisa Bontemps

(c) Lisa Bontemps

Pouvez-vous nous parler de la mise en images de « Lemme Be » ?

: Charlie Burger a réalisé ce clip mais il gère chapeaute également toute la créa autour de La Vague que ce soit le clip, les visuels presse, le bandeau, les campagnes Facebook, l’artwork de l’EP…C’est vraiment super car nous voulions créer une image sur toute une période. Tout est raccord avec l’univers que nous avions dans la tête. Pour le clip, nous avons vachement brainstormé et Charlie a su trouver les bonnes idées et capter notre univers. C’est un vrai créa qui a fait son scénario assez vite. Nous avons vraiment pu déléguer à quelqu’un de doué et c’était cool de pouvoir se reposer sur lui.

T : J’ai toujours été passionnée par l’image, l’esthétique et le visuel et je suis très en veille sur ce qui se passe mais moins que Charlie qui est un ami depuis des années avait envie un projet plus artistique où il pourrait s’éclater. Je connaissais ses références ; nous avons une passion commune pour Quentin Dupieux et Charlie est notamment féru d’Asie et je savais que nous allions nous comprendre. Ces six derniers mois, Charlie a été la personne avec laquelle j’ai le plus échangé via Instagram car nous nous sommes livrés à un vrai ping-pong d’idées. Nous avons planté des graines et nous avons laissé cela germer. Autant que John a été une vraie rencontre musicale, Charlie en a été une sur l’image car dès que je lui dis quelque chose, il capte immédiatement. Je pense que Charlie a été encore plus loin que ce que nous imaginions et il a monté une équipe géniale. Le clip de « Lemme Be » a été tourné sur trois jours et demi et il s’est fait en mode système D. On a pris de la déco de chez mes parents, mon frère est venu nous aider et mon fleuriste de quartier nous a fourni les plantes. Avec notre petit budget, nous avons réussi à faire un petit bijou. Je suis hyper fière de l’équipe et de Charlie car « Lemme Be » est son premier clip.

Quels sont vos prochains projets ? L’album ?

T : L’EP vient de sortir en physique et il sera disponible sur les plateformes le 22 novembre.

: D’autres mises en images de titres extraits de l’EP verront le jour dans les prochains mois et nous avons effectivement l’album en tête…

T : Nous avons quelques chansons sous le coude mais elles ne sont pas encore finies et prêtes à dégainer mais la base est là surtout que je n’arrête jamais d’écrire des textes.

J : Pour le moment, nous sommes très pris par la promotion de ce nouvel EP et par le live.

T : Nous serons en live le 09 novembre au Chromatique à Lyon avec Melba et Mauvais Garçon et nous ferons notre release party le 26 novembre au 1999.

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