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Rencontre avec Bruno Gaccio afin d’en apprendre plus sur la pièce « Les Pâtes à l’Ail » !

Publié le par Steph Musicnation

© Aurore Vinot

© Aurore Vinot

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Philippe Giangreco avec qui vous partagez la scène dans « Les Pâtes à l’Ail » ?

Non car il avait trois mois et j’en avais cinq. Quand il dit dans la pièce que je suis la première personne qu’il ait vue à part ses parents quand il est né, ce n’est pas loin d’être vrai. Ce sont nos parents qui nous ont raconté cela. Le père de Philippe était le concierge de la cité où nous vivions et sa mère était la nourrice des enfants du quartier. Nous nous sommes toujours vus, nous avons été dans les mêmes classes durant un certain temps et puis, nous nous sommes un peu perdus de vue quand je suis parti garder des chèvres dans La Drôme à 17 ans et quand Philippe est parti vivre à Lyon avant de devenir père pour la première fois à 20 ans. En revanche, nous ne nous sommes jamais éloignés longtemps. Philippe est une personne avec qui je ne me fâcherai pas pour de vrai et c’est aussi ce que l’on dit dans la pièce.

Comment est née l’idée de cette pièce ?

Philippe est venu me voir fin 2017 en me demandant ce que je faisais en 2019 et a priori, je n’en savais rien. Nous venions ;  l’un et l’autre ;  de nous faire virer  et il m’a dit que nous avions tout fait ensemble sauf jouer. Comme nous n’avions pas extrêmement besoin de travailler ni envie de devenir des jeunes premiers à 60 piges, il n’y avait aucun enjeu autre que se faire plaisir. J’ai fini par lui dire oui mais en lui demandant ce que nous allions faire et il m’a répondu que nous n’avions qu’à faire comme lorsque nous avions un restaurant à Eygalières. Nous jouions de la musique, nous faisions des pâtes, les gens étaient contents et nous nous marrions toute la soirée. Ça pouvait être un début mais ça ne faisait pas tout un spectacle.

Vous qui êtes amis de longue date, pourquoi avez-vous fait le choix d’une co-écriture avec Jean-Carol Larrivé ?

Comme nous sommes deux gros fainéants tous les deux, au bout de trois mois, nous nous sommes aperçus que ça n’avancerait pas beaucoup et c’est lors d’un déjeuner en famille auquel participait Jean-Carol Larrivé qui est un pote depuis 40 ans que Michelle (Bernier) m’a demandé où nous en étions de notre projet et comme nous stagnions, elle m’a dit d’en parler avec Jean-Carol qui était à l’autre bout de la table. Nous l’avons rappelé le lendemain et nous lui avons expliqué que nous voulions juste faire les andouilles sur scène, jouer de la guitare et faire des pâtes. Il a été très honnête et là, il nous a dit que c’était bien mais que ça ne faisait pas tout un spectacle et que le public n’aurait aucune raison de venir voir ça. Jean-Carol m’a dit que c’était pathétique d’aller raconter des blagues sur scène à 60 piges et que comme nous sommes scénaristes tous les trois, nous pourrions faire mieux. Nous avons commencé à nous voir tous les trois et à travailler ensemble.

© Aurore Vinot

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Pouvez-vous revenir pour nous sur la genèse de cette pièce ?

La genèse est intéressante afin de voir comment nous sommes arrivés à cela. Je pense que personne n’est passionné par le sujet de la mort et de la maladie mais dans nos discussions quand on se voyait, il y en avait toujours un qui avait mal au dos, au genou ou qui avait ceci ou cela. Dans l’année, nous venions de perdre plusieurs copains qui avaient entre 55 et 65 ans à cause de cancers ou d’AVC, nous nous sommes dit que ça nous poursuivait et que ça nous hantait. L’idée est née de là. Nous qui nous parlions de plus en plus de nos problèmes de genoux, nous nous sommes demandé ce qu’il arriverait si l’un annonçait à l’autre qu’il avait un cancer. Comme nous avons fait tous les trois des masterclass de scénario depuis 40 ans, nous nous sommes dit que nous avions un enjeu. Une soirée qui est censée être comme les autres commence de façon très légère et puis, il y a une annonce mais cela ne suffit pas car en plus de cette annonce, il y a une demande car chaque suspens amène une surprise. A partir de là, nous avons vraiment commencé à travailler car nous avions le thème, la base de l’amitié et il nous manquait juste la construction pour aller vers ce que nous voulions ; c'est-à-dire jusqu’où l’on peut aller par amitié. Quand nous avons terminé l’écriture, nous en avons été contents et je me suis demandé à qui nous allions la donner. Jean-Carol nous a dit qu’il avait fait cette pièce avec nous parce que c’était nous et je lui ai donc proposé de faire la mise en scène. Il nous a dit d’être le plus sincère possible, de ne pas cabotiner et d’être libres de nos déplacements.

Que symbolisent ces fameuses pâtes à l’ail ?

Je vais dire ce que répondait ma grand-mère quand on lui demandait la recette de ses pâtes, elle répondait toujours qu’elle les faisait avec amour. Peu importe les ingrédients, les pâtes symbolisent cela, de l’amour, quand les gens que j’aime bien viennent chez moi, c’est ce que je leur prépare. Généralement, il y a toujours une base d’oignons, d’ail, voire de tomates et un peu d’herbes et après, on met ce que l’on veut. Ca plus beaucoup d’amour dans les pâtes, ça fait des plats qui sont bons si on n’oublie pas de saler l’eau, de les mettre dans de l’eau très chaude et de les sortir à temps. Il y a quand même des petites techniques. J’aime manger les pâtes de Philippe car il ne les fait pas comme moi, il met des choses incroyables dedans.

Qui y incarnez-vous ? Pouvez-vous nous en dire plus sur les traits de caractère de votre personnage ?

J’incarne le personnage de Carlo qui est un instable. Ce n’est pas qu’il ne veut pas aimer, c’est juste qu’il n’y a pas les outils. Au décès de mon propre père, j’ai compris lors de cette fameuse mise à jour, qu’il ne savait pas ce qu’était l’amour car il n’en avait jamais reçu et que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas le transmettre. Je me suis dit qu’il ne savait pas reconnaitre le sentiment amoureux et Carlo illustre cela. Quand une femme plait à mon personnage, il couche avec, il reste avec elle quelque temps et il repart ailleurs. Carlo est empêtré avec ça, il s’est construit une vie de photographe qui voyage dans le monde entier et qui lui permet de se taper des femmes ici ou là sans avoir à les revoir. Cette façon de vivre, il en a presque fait une philosophie. Carlo est handicapé de l’amour mais au fil de la pièce, il se découvre un peu.

© Aurore Vinot

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La pièce « Les Pâtes à l’Ail » aborde l’amitié mais également la maladie, comment avez-vous voulu traiter le sujet ?

Nous n’avons pas abordé le sujet d’un point de vue larmoyant car nous ne sommes pas comme cela. Dans « Les Pâtes à l’Ail », nous avons laissé parler notre ironie. Nous sommes tous les trois pareils ; peu importe les épreuves, à la fin, on dit une bêtise car on n’arrive pas à s’apitoyer et à être dans le pathos. Quel que soit la bouse qui nous tombe dessus, on la subit et après on en rit afin de continuer à avancer. Dans cette pièce, l’équilibre entre les moments durs et les moments légers est assez bon. On ne pouvait faire rire en disant j’ai un cancer car ça aurait une façon peu subtile de déconnecter le truc.

Comment réagiriez-vous dans la vie de tous les jours face au dilemme auquel votre personnage est confronté dans « Les Pâtes à l’Ail » ?

Je suis membre de l’ADMD qui est l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité. Pour ma part, je ne voudrais pas vivre toute la déchéance d’une maladie. Nous avons vus des proches qui étaient en pleine forme et qui six mois après étaient cireux et partir sans comprendre ce qui leur arrivait. Contrairement à la loi Leonetti qui est une avancée quand même, je pense que c’est au patient de choisir. L’ADMD lutte pour cela, pour qu’il y ait un vrai droit à l’euthanasie afin que quelqu’un qui est en conscience, malade et en fin de vie puisse choisir. J’ai fait ce choix et ma famille est au courant. Je veux pouvoir dire au revoir à tout le monde autour d’un diner ou à l’hôpital si j’y suis à ce moment-là. Je veux pouvoir les remercier d’être là, leur dire que j’ai eu une belle vie mais également les choses que l’on ne s’est pas dites et puis, leur dire au revoir avant qu’ils ne rentrent chez eux et j’irai chez moi, même si je ne sais pas où c’est. On ne se reverra plus en chair et en os. Je veux que ça se passe ainsi dans la tranquillité. S’il y a des pleurs, des rires, des règlements de comptes, tant mieux ; il faut juste que l’on puisse se dire les choses afin de partir sereinement. On nous a déjà posé cette question et Philippe avait répondu qu’il pourrait effectivement me demander de le tuer et je serai prêt à le faire maintenant même s’il n’est pas malade (rires).

Que mettriez-vous en avant chez votre partenaire Philippe Giangreco ?

La sincérité avec laquelle il joue et avec laquelle il me renvoie ce que l’on est dans la vie. En dehors de la scène, Philippe m’épate car il n’a peur de rien ; moi qui suis plutôt un pessimiste, j’admire son optimisme qui est une force pour avancer dans la vie.

© Aurore Vinot

© Aurore Vinot

Quels sont vos prochains projets ?

Finir l’exploitation de cette pièce jusqu’à fin décembre avant d’éventuellement la reprendre un peu en tournée pour quelques dates en janvier-février et l’été prochain avant de revenir normalement à La Scène Parisienne de fin août à décembre 2020. Une grosse tournée est dans les tuyaux pour 2021. Par ailleurs, nous avons un autre projet avec Jean-Carol que nous trainerons cette fois-ci sur scène avec nous. Cette pièce s’intitulera « Les Hommes Perdus » et abordera les rapports que les hommes de notre génération doivent entretenir aujourd’hui avec les femmes.

Comment inviteriez-vous nos lecteurs à venir découvrir « Les Pâtes à l’Ail » jusqu’au 30 décembre au théâtre La Scène Parisienne ?

Toutes les personnes qui nous connaissent et qui sont venues voir la pièce ont été étonnées car si elles sont habituées à nous entendre dire des conneries, elles ont découvert notre sincérité sur ce sujet-là. Par ailleurs, vous ne verrez pas souvent deux personnes qui se connaissent depuis 60 ans « concrétiser leur union » sur scène.

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