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Retrouvailles avec Laura Clauzel à l’occasion de la parution de son nouvel EP !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Lou Sarda

(c) Lou Sarda

Que t’a apporté artistiquement parlant « Paria(H) » ton précédent EP paru en 2017 ?

L’Ep « Paria(h) » a été une sorte d’accomplissement car je suis allée au bout d’une intuition et d’une envie à la fois musicale et personnelle. Le rêver, c’est une chose mais tout d’un coup, l’accomplir et faire en sorte que ce qu’il y a dans la tête puisse émerger, c’est merveilleux tout comme le fait d’avoir pu travailler avec des gens exceptionnels qui m’ont accompagné pour porter le projet jusqu’au bout. « Paria(h) » est un ensemble de choses qui se sont faites à plusieurs ; que ce soit Olivier Bostvironnois à la co-composition, Alex Blake, Sonny Troupé à la musique ou Mathieu Mullier-Griffiths à la réalisation.

As-tu œuvré différemment pour « Moan » ?

Oui et non car dans ma tête, « Moan » était la continuité de « Paria(H) ». Au niveau de la création, de l’écriture et de la composition, cela allait dans le même sens mais je pense que j’ai été mieux organisée pour « Moan ». Pour cet EP, j’avais notamment une meilleure compréhension du milieu musical et de la production, du coup c’était moins décousu.

Comme son titre pourrait le laisser entendre, « Moan » est-il né d’une « souffrance » ?

« Moan » je l’entends à la fois comme une souffrance mais également comme un gémissement une plainte. On peut l’entendre sur chacun des morceaux. Sur « Won’t You Remember », je vois plus cela comme un gémissement de plaisir et de perte amoureuse. En filigrane, je me suis amusée à essayer de composer autour de ça. Dans le chant, « Moan » peut s’apparenter à un lamento ou à une longue plainte : cela laisse libre cours à l’expression vocale et aux longues tenues de notes…

(c) Lou Sarda

(c) Lou Sarda

Quels sont les thèmes de tes nouvelles chansons ?

Pour moi, « Black Death » symbolise la montée des extrêmes un peu partout : littéralement cela veut dire la peste. Forcément, j’ai été très inspirée par ce qui se passe en Europe mais également au Brésil avec Bolsonaro et aux États-Unis avec Trump. Comment sont-ils arrivés au pouvoir ? Par quel tour de passe-passe ? Cela parle du coup des discours séduisants et dangereux, le tout agrémenté par certains médias qui jouent le jeu des extrêmes ou de shows tv abrutissants. La conséquence c’est un glissement sémantique des mots ; quand le Rassemblement National récupère les mots justice ou égalité, ça me pose problème. Le tour de passe-passe est extraordinairement terrifiant. « Black Death » illustre cette avancée. Dans ce titre, il y a quelque chose de grotesque avec les rires qui sont très sarcastiques et qui viennent de partout. « Echo » est un titre sur le souffle de la guerre. C’est comme si l’écho de la guerre se propageait. Et malgré ces soi-disant progrès et innovations, elle court toujours et partout (voyez l’offensive Turque contre les Kurdes…). Pour « Cursed Tree », je me suis inspirée des vestiges d’une prison d’esclaves que j’ai visitée à Petit Canal en Guadeloupe. Les murs tenaient à peine debout et au milieu de la prison il y avait un immense arbre ; un figuier maudit, dont les branches retombaient dans le sol pour devenir racines. L’arbre  finissait par tenir les murs de cette prison. Je me suis dit que ce n’était pas possible qu’un arbre aussi beau émerge d’un lieu aussi tragique et sordide. J’aime beaucoup « The Age » qui fait référence à notre société qui nous fait croire que l’on peut tout faire : la mode, ce sont les termes comme ‘slasher’/ ‘ubérisation’…Pour ma part, je trouve cela juste éreintant ; il y a quelque chose de très solitaire à vouloir tout gérer et tout faire et cela m’a ramenée au métier d’artiste indépendant et auto-producteur. « Won’t You Remember » est un chant d’amour. Ce titre m’est venu très rapidement et je voulais qu’il soit une perte dans les méandres de l’amour et de la mémoire. Et pour finir, « The Queen » qui est né d’une réflexion sur le fait qu’en France, on a encore du mal à mettre des femmes au pouvoir et je ne parle même pas des personnes de couleur. En France, les femmes ont été des régentes mais jamais reines comparativement à la cour d’Angleterre. Je me suis donc imaginée une sorte de reine qui aurait tenu tête, et qui par son règne, aurait permis la libération de la parole des femmes.

Comment vois-tu ce nouveau disque d’un point de vue musical par rapport au précédent ?

J’ai encore plus assumé mes choix et je pense avoir été plus loin dans les propositions de chœurs par exemple tout en conservant cette même amplitude que l’on pouvait trouver sur « Paria(H) ». Chaque instrument a son espace : que ce soit les cordes, la voix, le piano, les coquillages. Tout respire et se conjugue. Nous avons peaufiné avec Olivier, les différents univers en assumant à chaque fois chaque musique comme un tableau. Cela peut surprendre parfois mais les propositions musicales partent plus loin et elles vont vraiment jusqu’au bout de ce que les morceaux ont à dire.

Comment décrirais-tu l’univers de « Moan » ?

Pour moi, c’est de la chanson anglaise engagée, trip-hop/ Jazz et instinctive : je dis ça par rapport aux voix qui dressent vraiment des décors musicaux en s’inspirant d’ambiances différentes.

(c) Lou Sarda

(c) Lou Sarda

Peux-tu nous parler de la mise en images du titre « Echo » ?

Le clip d’ « Echo » est ma quatrième collaboration avec Mathieu Mullier-Griffiths, le réalisateur, et j’en suis très heureuse car nous arrivons vraiment à nous trouver dans le travail et dans ce que nous voulons dire, j’ai l’impression que les clips sont  la continuité de mes envies musicales à l’écran. Nous échangeons toujours beaucoup autour de nos inspirations. C’est Mathieu notamment qui a proposé de travailler avec Franqey, un danseur de Popping assez dingue. J’ai été immédiatement séduite par sa proposition. Il y a quelque chose de vibrant dans « Echo ». Du coup, la danse Popping, qui se concentre énormément sur le mouvement et qui possède un vrai geste théâtral, amène une folie et quelque chose de plus percussif et de plus percutant à ma musique. Par ailleurs, j’aime la mythologie Grecque : d’où le gros travail autour du maquillage qui permet de créer des figures métaphysiques ou métaphoriques.

Te verrais-tu passer à la réalisation dans un futur proche ?

Si c’est pour moi et mes propres projets musicaux : non, tout simplement parce que j’aime ma collaboration avec le réalisateur Mathieu Mullier-Griffiths. Nous nous entendons vraiment bien dans le travail et j’ai une très grande confiance. Et puis surtout je trouve que Mathieu réalise merveilleusement bien. Cela me permet de rester dans le plaisir du jeu et de la proposition d’acteur : un certain lâcher prise. En revanche, la réalisation me titille mais probablement plus pour réaliser des courts-métrage, peut-être un jour.

Peux-tu nous en dire plus sur le prix que tu as reçu récemment à New-York ?

C’était une nouvelle incroyable ! J’avais vu une annonce sur Le Bureau Export et j’y avais postulé de mon côté pour m’amuser. J’ai reçu un mail en anglais au mois d’avril et je me suis demandé ce que c’était car je ne me souvenais plus d’avoir candidaté à ça mais quand j’ai vu que ça concernait ce prix remis dans un théâtre de l’Upper West-Side à New-York avec un jury notamment composé de Tom Waits et de Gloria Gaynor, je me suis dit ce que toute Américaine dirait très bien « Oh My God ! » J’ai trouvé ça dingue. J’y suis allée et c’était un rêve pour moi. J’adore cette ville, l’accueil y est très différent et mon travail a été super bien reçu.

(c) Lou Sarda

(c) Lou Sarda

Tes influences musicales sont-elles anglophones et situent-elles principalement autour du Jazz ?

Mes influences sont très éclectiques. J’écoute beaucoup en ce moment Agnes Obel, Emel Mathlouthi, Elina Duni, Mélanie di Biasio. J’aime la musique qui laisse de l’espace et je me retrouve donc beaucoup dans le Jazz et dans des artistes tels qu’Anouar Brahem et Dollar Brand par exemple. Dans la créativité artistique, j’admire Björk et Mylène Farmer pour tout ce qu’elles apportent de folie et d’engagement, notamment dans l’univers filmique.

Quels sont tes prochains projets ?

Ma prochaine date sera le lundi 21 octobre au Comedy Club dans le cadre des soirées This Is Monday et ensuite, durant tout le mois de novembre, je vais jouer dans « Macbeth » de Shakespeare, mis en scène par Julien Kosellek au Kremlin Bicêtre et à L’étoile du Nord à Paris. Le 30 novembre, en première partie de ce spectacle, je donnerai un concert.

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