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Rencontre avec Rémi de Monvel afin d’en apprendre plus sur « Le Mystère Esmeralda » actuellement à l’affiche à A La Folie Théâtre !

Publié le par Steph Musicnation

(c) Patrice Terraz

(c) Patrice Terraz

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis natif d'Angoulême, petite ville où l'art est un peu à chaque coin de rue. J’ai découvert très tôt le théâtre, ma passion et même plusieurs passions dans celle-ci ; le jeu de comédien d’abord, la mise en scène et l’écriture. J’ai ce qu'on appelle un parcours éclectique avec plein de "casquettes" et je suis musicien également, je joue de la guitare Jazz et Swing.

Comment définirais-tu « Le Mystère Esmeralda » ?

C’est d’abord un roman, un conte. Au théâtre, voilà ce que ça donne de prime abord : un conte. Mais Victor Hugo aimait tellement les drames que je dirai que « Le Mystère Esmeralda » se rapproche d’un drame, il mélange si bien comédie et tragédie ; cela donne quelque chose d’un peu monstrueux à la Quasimodo.

Que raconte cette œuvre ?

La pièce est focalisée sur l’histoire d’Esmeralda, de sa naissance à sa mort en passant par le destin tragique de sa mère, son adolescence, sa vie…  Mille personnages plus ou moins amicaux, voire assez antipathiques, paraissent autour du personnage central d'Esmeralda et l'on évoque leur part d'ombre et de lumière. Alors que dans l’œuvre de Victor Hugo, je pense que le premier personnage est Notre-Dame de Paris elle-même. L’écrivain voulait avant tout mettre le holà sur l’état de la cathédrale, à l'époque.

(c) Mickaël Soleirol

(c) Mickaël Soleirol

Qui y incarnes-tu ?

Plein de monde ! J’y incarne tout d’abord Gringoire qui est un personnage sympathique et un peu farfelu. Avec plein de cordes à son arc aussi. Il est poète, musicien, et raconte sa vie tumultueuse entre l’armée et la prêtrise… C’est un personnage haut en couleur, amusant et très craintif. Je joue également Frollo qui est le révérant archidiacre de Notre-Dame. C’est une personnalité froide et obscure. Alain Cuny, pour qui j’ai une grande admiration, incarnait merveilleusement ce personnage dans les années 50. J'ai souhaité un jeu très épuré, en dénichant dans mes entrailles le caractère haineux et torturé du personnage tout en jouant du superbe masque vénitien qu'il porte. Ce rôle me plaît tout particulièrement. J’interprète également Phoebus. Narcisse complet, il est fou de lui et de sa vie de capitaine des archers de l’ordonnance du roi. Phoebus est arriviste et de ce fait assez prétentieux, mais par son charme et sa prestance, on a envie d’être protégé par lui et c’est d'abord ce que recherche Esmeralda. Je joue également Quasimodo. L'ombre sublime d'Anthony Quinn flotte bien-sûr sur mon travail. C'est le personnage qu'on retient dans l’œuvre de Victor Hugo et c’est aussi celui dont le public m’a le plus parlé après la pièce. Quasimodo est un personnage émouvant, c'est le seul personnage masculin positif bien qu’il soit monstrueux ! Ce qu'on aime chez lui, c'est ce qu'on retrouvera dans les poèmes de Baudelaire quelques temps plus tard, ce paradoxe même entre laideur et sublime. Paradoxe qui est en chacun de nous et que Victor Hugo révèle magistralement.

Par quoi as-tu été séduit dans « Le Mystère Esmeralda » ?

En premier lieu, j’ai été séduit par le texte et par l’idée de mettre en scène « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo dans une version complètement différente de ce que l’on a pu voir auparavant ; loin de la comédie musicale et de tout ce qui a été fait, tout en respectant le texte de Victor Hugo, coupé énormément afin d’avoir un spectacle d’1h10. Le travail en amont a été incroyable. Le metteur en scène Mickaël Soleirol voulait dans un premier temps un seul en scène mais il a préféré opter pour un duo qui présente de multiples facettes de jeu et permet de recentrer le propos sur Esmeralda . Dans la présentation de Mickaël, c’est la langue d’Hugo qui m’a plu. Juste avant, j’avais joué dans « L’Île Des Esclaves » de Marivaux mis en scène également par Mickaël, il m’avait demandé au débotté de reprendre le rôle d’Arlequin et il m’a donné la chance non seulement de jouer à A La Folie Théâtre mais également de créer mon rôle comme je l'entendais. J’ai senti chez lui une envie de laisser le comédien faire naitre son personnage et dans cette perspective de travail, je me suis dit que ce serait intéressant de continuer l’aventure avec « Le Mystère Esmeralda ». J’ai aussi été séduit par le fait de jouer avec Florence Gaussen qui est une partenaire incroyable et une comédienne merveilleuse.

Justement, que mettrais-tu en avant chez ta partenaire Florence Gaussen ?

Beaucoup de choses ! Sa technique, d'une part, d’autant plus qu’elle allie technique en tant que danseuse mais également en tant que comédienne mais, d'autre part, c’est sa sensibilité qui m'a impressionné. Florence est une comédienne qu’il faut venir chercher. Et au fur et à mesure des répétitions, elle a fait naitre une sensibilité inédite et très belle dans son personnage. On la suit car c’est elle, son interprétation et sa vérité.

(c) Mickaël Soleirol

(c) Mickaël Soleirol

A qui destinerais-tu ce spectacle ?

C’est une bonne question. C’est un spectacle tout public mais je ne dirais pas que « Le Mystère Esmeralda » soit pour les enfants. Cette pièce peut divertir des "jeunes gens" tout en faisant naître de la curiosité pour la langue d’Hugo, Notre-Dame de Paris et le théâtre. Les "adultes" redécouvriront ce chef d'œuvre avec un grand bonheur comme le témoignent de nombreuses réactions émues.

As-tu un genre de prédilection au théâtre ?

Non, car j’ai monté autant des comédies que des tragédies, en tant que metteur en scène. Il y a une sorte d’équilibre, dans mon travail, c'est drôle. Par exemple, j’ai fait « Les Fourberies de Scapin » et juste après  « Iphigénie » de Racine. "Grand écart", direz-vous, mais ce qui me plaît dans l'art, ce sont les "grands écarts". Voilà pourquoi le drame m'intéresse, en mêlant les genres.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir comédien ?

C’est compliqué… On m'a dit que mon ancêtre, l'acteur Monvel et sa fille Melle Mars qui a fait bon nombre de premières d'Hugo, nous avaient mis ça dans le sang mais je n’y crois pas du tout. La lecture m’a donné envie de faire ce métier, découvrir des auteurs sublimes, mettre une langue sur un plateau, voilà l'exaltation première ! Dès mon enfance, un monde incroyable s’est ouvert devant moi. Puis le travail, notamment au cours de Jean-Laurent Cochet, a confirmé cette vocation. J’ai eu la chance aussi de voir beaucoup de théâtre et les hallucinations totales se sont succédé comme par exemple devant Raymond Devos, Catherine Rich, Philippe Noiret, Fabrice Luchini, Michel Bouquet, Toni Servillo... Je pense que cela s’est fait au fur et à mesure de mon parcours et plus il y a de révélations, plus cela devient comme une drogue, on ne peut plus s’en passer.

(c) Mickaël Soleirol

(c) Mickaël Soleirol

Peux-tu nous présenter tes autres actualités ?

Je joue tout d’abord dans « La Mouette » de Tchekhov mise en scène par Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord-Ouest. J’incarne Treplev, c’est un rôle très lourd à porter, un personnage très sombre mais un vrai bonheur à incarner. Il reste une représentation le 3 novembre. Ensuite, je joue dans « Jeux de Rôles » de Nathalie Charade qui a reçu le prix 2018 de la Fondation Bajen. C’est une comédie très amusante et rafraichissante sur un sujet difficile. « Jeux de Rôles » parle des migrants, il y a donc un fond de sujet d’actualité et un bel engagement sur cette pièce qui est tournée en comédie romantique. Par ailleurs, je monte ma pièce « Mia Lisa ou La Joie Revient Toujours », narrant la véritable histoire du vol de La Joconde en 1911; elle réunit notamment  Apollinaire et Picasso. Je suis également en pleine répétition pour jouer « Hamlet » en décembre.

Quel autre classique aimerais-tu jouer à la manière du « Mystère Esmeralda » ?

C’est une bonne question et cela demande réflexion. Il y en aurait plusieurs. Je pense notamment à « La Confusion des Sentiments » et/ou à « Le Joueur d’Échec » de Stefan Zweig, « Le Comte de Monte-Cristo » d’Alexandre Dumas, « La Bête Humaine » d’Émile Zola.

Comment inviterais-tu nos lecteurs à venir découvrir « Le Mystère Esmeralda » à A La Folie Théâtre jusqu’au 30 novembre ?

A Avignon, lorsque je distribuais des flyers, je récitais des poèmes d’Hugo et je disais aux personnes qu’elles ne verraient pas cela ce soir, ou encore je présentais la pièce en mettant au défi (avec humour) la gente féminine de venir découvrir leur principale concurrente, car Esmeralda est un symbole enivrant, libre, sensuel, pur, bohême et très actuel. De manière générale, si vous aimez le sublime et le monstrueux, la magie de la danse et des mots, venez redécouvrir le parcours de cette bohémienne envoûtante !

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