Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Retrouvailles avec Louis Arlette à l’occasion de la parution de son second album !

Publié le par Steph Musicnation

© Frank Loriou

© Frank Loriou

Quels enseignements as-tu tiré de « Sourire Carnivore » ton premier album ?

Ils sont nombreux ! J’ai connu les écueils de la parution d’un premier album et cela s’est ressenti  car entre le moment où j’ai terminé « Sourire Carnivore » et sa sortie, il s’est écoulé un an. « Sourire Carnivore » est un disque que j’ai fait en sortant de dix ans de studio durant lesquels j’ai travaillé pour d’autres artistes et appris beaucoup de choses, qui m’étouffaient quelque part. J’avais besoin de lâcher du lest pour coucher toute cette matière. Cela a créé un disque très dense, alors que « Des Ruines Et Des Poèmes » est plus minimaliste et plus personnel.

Dirais-tu que « Des Ruines Et Des Poèmes » est dans la continuité de ton précédent disque ?

C’est complètement dans la continuité. « Sourire Carnivore » a été une première étape nécessaire. Je pense qu’il y a de toute manière une continuité dans l’art, que l’on créé des albums, des peintures ou des films… on creuse de plus en plus en soi afin d’essayer de toucher ce qui fait notre essence en tant qu’artiste et en tant qu’être humain. « Sourire Carnivore » m’a permis de poser la première pierre ; la base ; pour aller à la couche d’après. Dans ce sens-là, « Des Ruines Et Des Poèmes » est une couche plus profonde ; plus enfouie.

Quelles ont été tes envies musicales pour ce nouvel album ?

Ce nouvel album est plus électronique, plus minimaliste, plus affûté. Les sons sont comme taillés à la serpe sur ce disque. J’étais frustré d’avoir dû adopter des compromis au niveau de la voix durant le mixage de mon précédent album pour des raisons techniques, je n’ai pas pu donner l’ampleur que je voulais aux textes alors que j’ai vraiment pu m’y consacrer pour « Des Ruines Et Des Poèmes »  et leur donner un vrai relief. C’était capital car tout part toujours du texte pour moi. Sur ce second album, j’avais envie non seulement de leur donner la part belle mais aussi d’avoir une musique plus franche et plus brute.

© Frank Loriou

© Frank Loriou

Peux-tu nous en dire plus sur le titre de ton second opus ?

C’est le morceau du même nom qui a donné son titre à l’album. Tout est parti de « L’Iliade » que j’ai relu l’année dernière et qui m’a vraiment bouleversé. Particulièrement  le personnage d’Hector qui se fait tuer par Achille pendant la guerre de Troie, ce n’est pas un demi-dieu, c’est un homme voué à devenir roi et c’est un peu le héros de l’ombre alors qu’Achille apparaît comme un héros « tape-à-l’œil ». Il humilie Hector, le tue en lui transperçant la gorge et le traîne autour de la ville derrière son char. Au moment où Hector se fait transpercer la gorge, il est précisé dans le texte qu’il peut encore dire quelques mots et ce sont ces dernières paroles que j’ai voulu développer en chanson.

Quelles ont été les étapes de création de ce disque qui arrive assez rapidement après « Sourire Carnivore » ?

J’ai passé un an et demi sur « Des Ruines Et Des Poèmes ». C’est un disque qui a été fait moins dans l’urgence que « Sourire Carnivore ». Je dirai que ce second album a été plus organisé et plus pensé. Je trouve que cela se ressent assez bien sur la pochette car même si c’est un disque qui est plein d’anxiété et de colère, « Des Ruines Et Des Poèmes » est globalement plus apaisé que son prédécesseur. J’ai commencé par enregistrer tout seul dans mon studio durant un an. J’étais coupé du monde, c’était une phase un peu douloureuse avec énormément de remises en question et d’expérimentations. Ensuite, j’ai travaillé avec Philippe Paradis qui a réalisé l’album. Cette seconde étape a été plus courte et elle a duré à peu près un mois. J’ai pu prendre de la distance sur ces morceaux grâce à sa présence et j’ai pu avoir un regard beaucoup plus neuf ; luxe que je n’ai pas pu avoir pour « Sourire Carnivore ». Cette phase a été très importante. L’enregistrement s’est fait ensuite aux Studios Ferber avec les musiciens durant une dizaine de jours. Ça a été très intense et de belles choses sont sorties de cette énergie-là.

© Frank Loriou

© Frank Loriou

Quels sont les thèmes de tes nouvelles chansons ?

Quand je parle de personnages comme Hector dans « Des Ruines Et Des Poèmes », c’est parce que je m’identifie un peu à eux. « Tokyo » qui a été le premier morceau composé pour cet album parle d’un voyage que j’y ai fait il y a un an et demi. Je sortais de « Sourire Carnivore » et j’étais comme vidé, perdu à tous les niveaux. J’ai eu besoin de me perdre littéralement dans une autre ville, dans un autre monde que je ne connaissais pas mais qui me fascinait depuis longtemps. Quand je suis arrivé à Tokyo, j’ai eu un choc, une révélation, cette ville était comme le miroir de mon état d’esprit et de ma personnalité à ce moment-là. J’en ai fait une chanson et je me suis rendu compte que je pouvais repartir, que la source n’était pas tarie, que j’avais encore beaucoup d’envies et d’idées. Il y a eu des phases de remises en question existentielles assez douloureuses qui m’ont permis d’écrire des chansons même « au fond du trou » ; « La Carence » exprime cela. Comme disait le poète Pessoa que je cite beaucoup dans l’album : « comme une épave vomie par la marée ». Comme je te disais, ce disque a été coloré par la mythologie Grecque, ça se retrouve par exemple dans « La Discorde », « La Sirène » (l’Odyssée d’Ulysse) et dans « L’Ange » qui aurait dû s’intituler « Nyx » au départ, car c’est la déesse de la nuit et la mère de la discorde dans la mythologie.

Comment développerais-tu l’univers de « Des Ruines Et Des Poèmes » ?

Tout le disque est baigné dans une sorte d’ambiance apocalyptique. C’est une ambiance que je ressens dans le monde d’aujourd’hui, notamment par rapport au réchauffement climatique, aux gaz à effet de serre, à cet état d’urgence global, cette jeunesse qui se soulève, ce qui est d’ailleurs une très belle chose. Tous les morceaux sont empreints de cette ambiance de déclin et de ruines… d’où le titre.

Quelles symboliques ont pour toi ces ruines et ces poèmes ?

De prime abord, des ruines et des poèmes peuvent paraître opposés mais je ne pense pas que ça le soit au final. Les ruines sont en relation avec la transmission, ce n’est pas quelque chose de passé ou de mort. Je suis fasciné par l’art en général, l’antiquité et plus particulièrement par tous ces témoignages qui ont traversé les époques. Je trouve formidable qu’un livre comme « L'Iliade » qui a été écrit il y a 2500 ans continue d’inspirer des artistes modernes. C’est une superbe forme de transmission. Les ruines peuvent être des monuments, des civilisations antiques mais on peut aussi les ressentir d’un point de vue personnel. Nous sommes nous mêmes plein de ruines, de cendres, de couches qu’il vaut mieux parfois ne pas trop remuer mais qu’on peut parfois toucher grâce à l’art. Quant aux poèmes, c’est une forme d’expression qui permet de survivre au temps. La poésie offre une double lecture extrêmement intime qui dépasse le simple fait de lire.

© Frank Loriou

© Frank Loriou

Au-delà de tes capacités musicales, il y a chez toi un vrai don littéraire, d’où te vient ton amour des mots ?

Cela doit venir surement de ma mère au départ, elle était professeure de français et de lettres anciennes. C’est elle qui m’a mis dans le bain ; si je puis dire. La littérature a toujours été très importante pour moi et je caresse toujours le rêve d’écrire un roman. Quand je lis un livre, j’ai l’impression d’être en contact direct avec l’être humain qui l’a écrit. Même si la communication est très importante, la lecture peut permettre d’aller vraiment au fond des choses et j’ai parfois le sentiment qu’un livre peut être un ami.

Si l’histoire contenue dans « Des Ruines Et Des Poèmes » était mise en images, quel en serait idéalement le réalisateur ?

Si cet album était mis en images, cela serait plutôt un tableau. Pour la pochette, nous avions beaucoup pensé à Caravage qui est l’un de mes peintres favoris. Je suis très attaché au contraste, au clair-obscur, à cette recherche de lumière. Encore une fois, « Des Ruines Et Des Poèmes » est un disque plein de colère, d’anxiété mais très apaisé aussi. J’espère que cet album est généreux, il est sombre mais également dansant et je crois, lumineux. En ce qui concerne le cinéma, j’ai bien sûr quelques idées... Si on parle du côté mystique et un peu surnaturel, je pense à « 2001 L’Odyssée De L’Espace ». Je pourrais citer également « La Nuit Du Chasseur » de Charles Laughton, je trouve le contraste présent dans ce film très fort. Le chasseur avec les mots « love » et « hate » écrits sur les mains est un paradoxe ambulant, terrifiant. Cette poésie et cette insouciance menacée me touche beaucoup.

© Frank Loriou

© Frank Loriou

Quelle image te vient immédiatement à l’esprit en pensant à ton second album ?

Peut être « la Victoire de Samothrace », en haut de l’escalier du Louvre. Toutes les draperies autour d’elle évoquent un ange, une déesse ailée qui vient se poser sur un navire au milieu de la tourmente. Elle est complètement aspergée par les flots mais vient annoncer la victoire.

Quelles sont tes prochaines actualités ?

Je serai en showcase au Gibert Barbès à Paris le 13 avril prochain (à 16h), en première partie du groupe « Editors » le 24 avril au 106 à Rouen et le 25 avril  à l’Autre Canal de Nancy.

Je serai en showcase encore le 31 mai au Gibert Saint Michel (à 18h) et en concert à Paris le 26 Juin au Café de la Danse. J’ai hâte. En attendant, de jolies surprises arrivent et notamment un clip pour « La Discorde ».

Commenter cet article