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Rencontre avec la comédienne Karine Ventalon qui excelle sur les planches dans « Le Journal D’Une Femme De Chambre » !

Publié le par Steph Musicnation

Photo OnSetWith

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Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, Je dirais que je suis une comédienne qui évolue au gré des rencontres et des opportunités. J’ai commencé par le théâtre mais j’ai aussi écrit des pièces, que j’ai mises-en-scène et qui se sont jouées sur Paris. Je fais également de la télé, du cinéma et des pubs.Sinon je suis quelqu’un de positif qui aime beaucoup lire, les voyages, les sorties entre amis, les ballades dans la nature et je défends la cause animale.

Comment est née l’aventure « Le Journal D’Une Femme De Chambre » ?

C’est une belle histoire ! Cette aventure est née au Guichet Montparnasse. Une compagnie avait annulée sa programmation quasiment au dernier moment, je crois que les comédiens s’étaient fâchés ! Le théâtre se retrouvait donc avec une dizaine de dates dispos le samedi soir. La directrice du théâtre a donc contacté un metteur en scène qu’elle connaissait et qui avait déjà monté plusieurs spectacles dans son théâtre : William Malatrat, en lui proposant les créneaux. Vu le peu de temps imparti, il ne pouvait pas partir sur quelque chose de trop compliqué et il a opté pour un monologue, un seul comédien à diriger c’était plus simple que plusieurs avec des emplois du temps différents. Annie Vergne, la directrice du Guichet Montparnasse lui a suggéré : « Le Journal D’une Femme De Chambre », une personne a fait l’adaptation et William m’a demandé de jouer le rôle de Célestine. Pour nous, tout a été fait dans le pur plaisir, rien n’a été calculé car on nous offrait un créneau pour jouer, ce qui n’arrive jamais à Paris et qui plus est le samedi soir ! Donc on a pris ça comme une chance et un challenge de monter ce spectacle en si peu de temps…et ça a marché ! Le public et la presse étaient au RDV. On ne pensait pas la rejouer au- delà des 10 dates quand on l’a monté et puis Annie nous a reprogrammé l’année suivante.

Après cela j’ai été retenue sur d’autres projets et je suis restée 4- 5 ans sans la jouer mais ça me manquait car c’est un rôle vraiment complet et complexe, et je suis très attachée à mon personnage de Célestine ! J’ai donc rappelé William au bout de plusieurs années pour savoir s’il n’aimerait pas remonter la pièce. Il a été très surpris et comme il était déjà pris par d’autres mises-en-scène à ce moment là, il m’a dit pourquoi pas si j’arrivais à trouver un théâtre qui puisse nous programmer prochainement. Là encore la chance était avec nous, car même pas une semaine après j’ai trouvé Le Tremplin Théâtre à Montmartre. Leilou Bellisa - programmatrice du théâtre - a rendu - après audition - notre pièce éligible aux P’tits Molières 2015. Je la remercie encore ! Nous avons joué une vingtaine de dates et obtenu 2 nominations : « Meilleur seul-en-scène » et « Meilleure comédienne dans un 1er Rôle ». Lors de la cérémonie qui a eu lieu il y a maintenant presque 1 an, j’ai eu le prix de « Meilleure comédienne dans un 1er rôle ». Suite à cela nous avons trouvé un producteur, puis Frédéric Gray le directeur de « A la Folie Théâtre », nous a proposé de jouer dans son lieu où nous sommes actuellement. Récemment, nous avons une attachée de presse, Charlotte Calmel, qui a rejoint l’équipe.

Photo Jean-Romain Pac

Photo Jean-Romain Pac

Comment nous parlerais-tu justement de ce rôle ?

Ce rôle est un cadeau pour une comédienne car il ne nous met pas dans une case ! Avec ce rôle, je peux être à la fois : garce, la pire des salopes, sarcastique, manipulatrice, antisémite mais aussi douce, pleine d’empathie, drôle , généreuse et amoureuse. Trouver un rôle qui te fasse autant vibrer, c’est rare et précieux! Et comme il s’agit d’un journal intime, il faut vraiment y aller à fond comme si j’étais toute seule dans la salle, car dans un journal on n’y met nos pensées les plus profondes, des choses indicibles que l’on pense profondément au point d’avoir envie de les écrire à ce moment là. Donc en interprétant ce texte je dois vraiment me donner à 100% sans demi-mesure. A ce jour, cela reste le plus beau rôle qu’il m’a été donné de jouer tant il est riche, complet et me permets de pouvoir passer d’une émotion à une autre.

Qui est ton personnage ?

J’adore Célestine. Il faut savoir qu’elle a vraiment existé ! Bien sûr son histoire à été romancé par l’auteur : Octave Mirbeau. Mais c’est inspiré d’une histoire vraie. Ce n’est pas une héroïne, c’est une femme avec ses faiblesses, ses doutes et sa bêtise parfois. Je l’aime car elle est profondément humaine et elle vit parfaitement « le moment présent ». Quand elle est dans une situation, elle sait s’en amuser, vivre ce qu’elle a à vivre et puis elle s’en va. C’est une sorte d’électron libre ! Par exemple, à un moment donné, elle est très bien dans une maison, elle a une bonne place où elle est respectée, considérée et payée à sa juste valeur mais elle décide de partir car elle a envie d’autre chose, parce qu’elle ne veut pas s’ennuyer et qu’elle choisit de tout plaquer pour découvrir Paris ! Il fallait du courage à l’époque pour faire ça !

J’interprète aussi les autres personnages de la pièce vu par l’œil de Célestine puisque c’est elle qui s’exprime tout au long de l’histoire. Donc je joue aussi les Monsieurs , les Madames – maîtres de maison - mais aussi ses amants, une cuisinière, une mercière, Mademoiselle Rose, Joseph… Je m’amuse beaucoup à interpréter ces personnages parfois pète de sec, grivois ou violents. Quand je vous disais que c’était un rôle très « complet » à interpréter !

Avez-vous des traits communs ?

Oui ! D’abord physiquement. Célestine est décrite au début de la pièce comme étant entre autre « grande, blonde aux yeux bleus ».

Après bien sûr je n’ai pas eu sa vie et heureusement ! Mais tout comme elle je suis très entière. Quand j’aime, j’aime vraiment et totalement, je n’ai pas « d’entre deux ». Et quand il y a un vrai problème dans une relation peu importe dans quel domaine, je n’ai aucun souci pour couper les ponts et à sortir la personne de ma vie. Je passe à autre chose et je n’ai aucun regret… Non non je ne suis pas dure, j’avance et j’aime m’entourer de personnes bienveillantes et positives !

Et puis, elle a, tout comme moi, un grand sens de l’équité et de la justice. Je pense à la scène du viol par exemple, elle veut porter plainte contre son maître actuel- auteur de son viol - et réclamer l’argent qu’il lui doit entant que femme de chambre. Quand on pense que ce texte a été écrit il y a plus de 115 ans… Combien de femmes aujourd’hui vont porter plainte après un viol ? Et bien très peu… Célestine elle, elle veut la justice ! De mon côté je n’ai jamais été violée mais je ne supporte pas l’injustice quelle qu’elle soit !

Photo Jean-Romain Pac

Photo Jean-Romain Pac

Es-tu vraiment seule sur scène ?

Non car cela a été un travail à deux avec mon metteur en scène William Malatrat. La pièce n’aurait jamais été ce qu’elle est si on a n’avait pas travaillé ensemble sur ce projet. Donc il est aussi un peu avec moi sur scène !

Et puis j’ai ma valise qui est mon seul accessoire mais pas des moindres ! En effet, cette valise a plusieurs fonctions dans la pièce. En plus de sa fonction première, elle peut servir de lavoir, de lit, de cercueil, de comptoir de bar, elle peut devenir un homme ou un prie-Dieu. A travers cet objet multifonctions qui est récurent dans chaque scène, on fait travailler l’imaginaire du spectateur.

Que mettrais-tu en avant dans cette comédie dramatique ?

Si je devais mettre une chose en avant, ce serait la modernité de l’écriture et c’est ce qui surprend le plus le public. L’œuvre d’Octave Mirbeau a été écrite il y a à peu près 115 ans et pourtant on se rend compte que les mentalités n’ont pas autant évolué que cela, à travers les thèmes abordés : l’amour, les rapports hommes/Femmes, patrons/domestiques, l’homosexualité, l’antisémitisme, la sexualité.

Quel serait « le secret » pour être aussi habitée que tu l’es pour un rôle ?

Déjà Merci ! C’est un joli compliment ! Il faut savoir que je suis une grosse bosseuse et que j‘ai un grand respect pour mon métier je ne supporte pas la politique du « ça passe ».Quand je me prépare pour un casting télé ou cinéma je n’hésite pas à faire appel à ma coach pour retravailler les textes et le personnage avec elle. Si on me donne des références cinématographiques, des livres ou autre pouvant m’aider à construire mon personnage, je regarde tout, ça me nourrit, je m’imprègne : du personnage, de son background, de l’époque, des autres œuvres de l’auteur, de sa biographie... C’est la base.

Pour le personnage de Célestine déjà je l’ai tout de suite adoré. En lisant le livre je me souviens que j’avais les yeux qui brillaient et j’avais hâte de recevoir la dernière version théâtrale pour commencer à l’apprendre. Comme je le disais précédemment c’est un journal intime, donc par définition, chaque page est sensée être un exutoire donc je ne peux pas me permettre d’être « en-dessous des mots que je dis » sinon je passe à côté de l’œuvre. Je dois vraiment les vivre, les ressentir.

Et pour être habitée il faut trouver du plaisir dans ce que l’on fait et ne jamais mentir ! C’est vraiment pour moi la ligne de conduite du comédien, être toujours dans la vérité, dans l’authenticité, ne pas feindre – ce qui peut paraitre paradoxale car on n’a pas forcément vécu ce que le personnage à vécu. Donc on doit se chercher en nous des équivalences, faire preuve d’empathie et ne pas avoir peur de se perdre dans le personnage, son vécu et son ressenti sans jamais le juger.

Parfois, ça peut arriver à un comédien de monter sur scène en étant malade ou fatigué, c’est la vie ! Et par conséquent l’interprétation peut varier. Il y a des soirs où ma Célestine est davantage amoureuse de Joseph, il y a des soirs ou mes larmes coulent toutes seules et il y a des soirs ou je peux être davantage en colère… mais je laisse les choses venir à moi. A aucun moment je me dis : « Ah tiens, là, je dois m’énerver » ou « tiens, là, je dois pleurer ». Je me sers des émotions qui m’envahissent sur le moment pour le mettre dans quelque chose de positif pour mon personnage. Bien sûr je garde toujours une ligne directrice, je ne pars pas en free style non plus ! Mon interprétation peut varier mais je ne triche jamais avec mon personnage.

Aussi toujours faire les choses avec plaisir ! S’amuser ! Lâcher prise ! C’est quand même l’un des rares métiers où quand on part travailler on dit : « Aujourd’hui je joue ! ».

Et au théâtre par-dessus tout, il faut se remettre tout le temps en question pour ne jamais « s’installer » dans une situation. Sinon au bout de plusieurs dates ou de semaines de représentation on peut gagner quelques automatismes …avec William on se fait de temps en temps des séances de répétitions, on recale des choses, parfois on en trouve encore de nouvelles, dernièrement on a même changé tous les déplacements d’un passage. Il faut toujours travailler, créer de nouvelles choses et faire de nouvelles propositions pour pouvoir rejouer la pièce chaque soir comme si c’était la première fois.

Photo Lou Sarda

Photo Lou Sarda

Aimerais-tu pousser cette expérience en Célestine dans une adaptation au cinéma ?

J’adorerais mais cela a déjà été fait et à plusieurs reprises : par Renoir puis par Bunel avec Jeanne Moreau en rôle titre et plus récemment par Benoît Jacquot avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine. D’ailleurs pour l’anecdote, j’ai essayé d’inviter par deux fois Benoit Jacquot au théâtre en lui envoyant un dossier de presse, mais je n’ai jamais eu de retour. Je dois avouer que je ne suis pas très sûre d’avoir aussi la bonne adresse ! En tout cas, si par le plus grand des hasards il lit cet article, il est le bienvenu au théâtre et j’aimerais beaucoup avoir son avis !

Quels sont tes prochains projets ?

J’espère continuer sur ma lancée, en faisant toujours plus de télé, j’ai eu l’occasion de jouer dans plusieurs séries et téléfilms. Récemment, j’étais dans « Plus Belle la Vie » pour quelques épisodes.

Il y a un long métrage dans lequel j’ai joué qui va sortir cette année. J’ai eu la chance de tourner aux côtés de Michel Cremades qui joue d’ailleurs actuellement dans la pièce « Les Faux British » qui a eu le « Molière de la meilleure comédie » cette année – allez le voir ! - et de Christophe Salengro, le président de Groland sur Canal +. Le film, réalisé par le talentueux Alexandre Messina, s’appelle « Je T’Aime, Filme- Moi !». C’est l’histoire d’un couple de réalisateurs (joué donc par Michel et Christophe) un peu has-been qui part sur les routes pour filmer des déclarations d’amour afin de les amener à leurs destinataires. Mon personnage va très vite croiser leur chemin. Je joue une punk un peu grade, j’ai les cheveux roux, je conduis une estafette sans rétroviseur dans laquelle je vis aussi, j’ai des Doc Marteens pourries, un baggy dégueu et des mitaines trouées. J’interprète le personnage de Luce, une nana attachante et avec beaucoup de caractère! Ces trois personnages vont se prendre d’amitié et ils vont partir ensemble sur les routes où ils iront de déclarations d’amour, en concours de tango et en péripéties aussi… ! C’est à la fois drôle et touchant. J’en profite pour remercier à nouveau Alexandre de m’avoir confié ce premier rôle féminin. Un rôle que j’ai eu extrêmement de plaisir à interpréter et en parfait contre- emploi avec ce que je peux dégager, ce qui me permet d’être aussi là où on m’attend pas forcément. Alors merci pour sa confiance et merci à mes formidables partenaires de jeu avec qui j’ai passé des moments formidables!

Sinon et bien je suis toujours dans « Le Journal D’Une Femme De Chambre », la pièce continue jusqu’au 04 mars et se joue uniquement les vendredis et les samedis à 19h30 « A la Folie Théâtre » dans le 11ème arrondissement de Paris. Nous sommes également en pourparler pour vendre quelques dates en provinces et j’espère que bien vite que d’autres dates suivront .A ce sujet, nous restons ouverts à toutes propositions !

Conception Affiche Serge Tiar

Conception Affiche Serge Tiar

Comment inviterais-tu nos lecteurs à venir te découvrir à La Folie Théâtre ?

Je leur dirais que c’est une pièce où l’on peut rire et où l’on peut être touché. Il y a énormément de thèmes abordés comme je l’évoquais un peu plus haut. C’est une pièce bien rythmée et bien que le texte d’Octave Mirbeau soit assez dense, c’est magistralement bien écrit et de façon moderne donc on rentre facilement dans l’histoire. Il ne faut pas avoir peur du monologue ! Je suis sur scène avec toute une galerie de personnages tous aussi loufoques les uns que les autres ! Toutefois, certains passages étant quelques peu osés, la pièce est interdite aux enfants et aux jeunes adolescents … ça n’a l’air de rien… mais cette dernière phrase est souvent celle qui fait venir beaucoup de monde !

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