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Trinidad auteure et comédienne vous présente « Et Pendant Ce Temps, Simone Veille ! » joué au Studio Hébertot !

Publié le par Steph Musicnation

Photo Carlotta Forsberg

Photo Carlotta Forsberg

Comment nous présenteriez-vous « Et Pendant Ce Temps, Simone Veille ! » ? Que mettriez-vous en avant dans ce spectacle ?

C’est un spectacle qui est pour moi plus féminin que féministe dans le sens où ce n’est pas un spectacle de revendications mais un spectacle d’état des lieux et ce que je mettrais en avant, ce serait le bonheur du public et le mien d’avoir touché la cible.

Peut-on dire que c’est un spectacle engagé ?

Oui ; il faut savoir que c’est un spectacle qui est né de l’affaire Strauss-Khan. Je me suis dit que ce n’était pas possible qu’en 2011 on entende encore des choses comme nous avons pu entendre dans les médias Français, je pense notamment à Jean-François Kahn qui disait que ce n’était jamais que le troussage d’une femme de chambre…Cela a été la petite phrase qui a été le déclencheur, je me suis dit que ce n’était pas possible qu’en France on entende cela et qu’il fallait peut-être rappeler que nos acquis sont récents et que ce serait dommage de repartir en arrière. J’ignorais alors à quel point ces acquis étaient récents, notamment concernant le divorce et le droit d’avoir un chéquier et un compte en banque.

Photo Carlotta Forsberg

Photo Carlotta Forsberg

Quel serait le message le plus important dans ce spectacle ?

Continuons d’avancer, avançons ensemble hommes et femmes et rappelons-nous des combats qui ont été menés afin de continuer d’avancer.Et le meilleur moyen d’avancer est de regarder ce qui se passe dans le monde. Comme je dis toujours, en matière des droits des femmes, il faut que la France reste une petite bougie qui éclaire le reste du monde.

On pense bien sûr à Simone Veil qui est une grande dame politique qui a beaucoup œuvré pour les femmes. Est-elle venue voir la pièce ?

Simone Veil est venue voir la pièce en 2013 mais dans la première version que j’avais créé en 2012 avec une première équipe. J’ai monté ce spectacle à Antibes et ce qui est formidable est que la mère de Fabienne Candela qui était la directrice du festival était amie d’enfance avec Lise la belle-sœur de Simone Veil et je ne le savais pas du tout quand j’ai écrit ce spectacle mais la vie est bien faite. Lise est tombée amoureuse de ce spectacle, nous avons développé une amitié et elle a œuvré pour que Simone et ses fils voient la pièce.

Quel est encore selon vous le plus grand combat à mener pour les femmes en 2016 ?

Le plus grand combat à mener est avec elles-mêmes, déjà ! Il est de prendre conscience que nous n’avons pas à demander une place mais à la prendre. Comme je dis toujours et souvent aux plus jeunes, ce ne sont pas les hommes qui décident que nous naissions femmes mais la vie ; à partir de là, nous n’avons pas à demander la place aux hommes mais à la prendre mais la prendre dans tout ce qu’il y a de plus beau, de plus créatif et de plus fort et ne pas faire le jeu des hommes comme ce fut le cas dans les années 90 avec ces femmes de pouvoir dont j’incarne un exemple dans le spectacle. Personnellement, je n’ai pas d’enfants mais je me sens quand même investie et responsable dans ce que je transmets aux jeunes femmes et je dirais qu’il faut rester vigilants car tout peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre. Soyons fières d’être des femmes, faisons tomber le prince charmant de son cheval et montons dessus, le prince charmant ou le cheval, on s’en fout (rires), je dirais même que le combat le plus important n’est pas de savoir s’il faut mettre le voile mais de mettre les voiles ! En même temps, je n’ai pas envie de dire combat car je ne me sens pas en guerre ; c’est plus un chemin et c’est aussi pour cela que je dis que je suis plus féminine que féministe. Car le féminisme est souvent opposé au machisme. Or je remarque que dans tous les mouvements féministes ou féminins que je rencontre, il n’y a pas le rejet des hommes bien au contraire mais il y a encore beaucoup de violence et beaucoup de choses à transmettre au niveau de l’éducation.

Photo Carlotta Forsberg

Photo Carlotta Forsberg

Quel a été votre premier but en adaptant « Et Pendant Ce Temps, Simone Veille ! » ?

Je voulais me distinguer de la première version et j’avais envie de montrer à quel point les années 90 représentaient pour moi la fin des trente glorieuses. Dans les années 90, on ne se posait plus de questions, on a choisi le métier que l’on voulait faire, la vie que l’on voulait avoir, les hommes avec lesquels on voulait aller… En même temps, c’est à cette période que l’on nous a divisé alors que jusque dans les années 70/80, on avançait ensemble pour avoir des droits, dans les années 90, on nous a balancé les femmes de pouvoir d’un côté et les top models de l’autre en nous les présentant comme le modèle à suivre. Je me suis nourrie de beaucoup d’histoires de femmes que j’ai rencontrées dans mes déplacements ou de mon entourage et ce qui revient le plus souvent est qu’être libre, c’est bien mais si c’est pour être seule, ça se réfléchit. Je crois qu’il y a vraiment un bilan à faire. Mon but n’est pas de donner des leçons mais plutôt de donner des clés et peut-être éclairer certains endroits pour que chacun fasse son chemin et j’ai toujours fait cela dans mes spectacles.

Qu’avez-vous ajouté dans le spectacle ?

Il a fallu adapter le spectacle car j’ai décidé d’utiliser l’accent de notre belle Italienne Serena plutôt que de le cacher et en même temps, je trouve que cela renforce l’histoire car il y a eu ces femmes de l’immigration et j’en suis la preuve puisque ma mère est Espagnole. J’avais envie que la nouvelle Simone ait aussi son moment chanté à elle. On a fait tout un travail avec le metteur en scène, Gil Galliot, nous sommes allés chercher des images d’archive, nous avons pris des choses qui parlent à tout le monde pour illustrer le propos et cela fonctionne super bien. Il y a un document de l’INA datant des années 50 où l’on voit ces femmes à qui l’on apprend à torcher un gosse, à repasser, à faire la cuisine…J’ai choisi moi-même des belles images de Simone Veil et nous avons fait un petit montage pour montrer la lutte des femmes dans les années 70, on y voit des images de Wonder Woman, Claude François, la manifestation Notre Corps Nous Appartient … J’avais le souhait de faire une version plus théâtrale de cette pièce puisque j’avais la chance d’avoir des comédiennes de théâtre.

Photo Jean Pierre Mabille

Photo Jean Pierre Mabille

Chantez-vous dans cette pièce ou parodiez-vous ?

On chante mais on chante des parodies et c’est une de mes spécialités, je dois dire que j’aime beaucoup cela. J’avais vraiment le désir de faire le lien entre chaque période avec des chansons de l’époque, c’est comme cela que « Bambino » est devenu « Libido », « Les Rois Mages » deviennent une chanson sur l’éloge de l’avortement, « Oui Je L’Adore » se transforme en « Oui, Tchador » … C’est une parodie qui vient d’une de mes chroniques de France Inter et la chanson hommage à Simone veille qui a donné le titre au spectacle est également antérieure puisque je l’ai écrite en 2003, c’est dire si ça me travaillait déjà ! Par rapport à la première version, on a fait appel à un arrangeur Pascal Lafa qui a fait un super bel habillage.

Qui vous accompagne sur scène ?

Je suis très bien entourée, Fabienne Chaudat est notre Simone qui veille, la lignée des femmes Italiennes est interprétée par Serena Reinaldi, France celle qui sème la révolte est jouée par Agnès Bove en alternance avec Anne Barbier sur cette exploitation. Côté coulisses, nous avons Sarah Colas qui s’est occupée des costumes et elle a fait un vrai travail de recherche.

Si je vous demandais un mot ou un adjectif pour décrire chaque comédienne. Quelles seraient vos réponses ?

Je dirais que Fabienne est jouissive, Serena est pétillante, Agnès incarne la grande classe et Anne symboliserait l’élégance et la discrétion.

Photo Olivier Journiat

Photo Olivier Journiat

Pouvez-vous nous parler de vos différents personnages ?

Tout débute par Marcelle pour qui je me suis inspirée d’une histoire vraie puisque j’ai pris comme modèle la mère d’un ami. Je jouais dans un festival qu’il organisait et lors d’une discussion, il m’a dit que sa mère avait adoré avoir ses huit enfants et en son absence, sa femme m’a dit tout le contraire. Je me suis demandé comment on pouvait avoir une perception aussi différente d’une même femme et c’est ainsi qu’est née Marcelle. Ensuite, je me suis demandée ce qui aurait pu découler de cette femme qui a aimé travailler et qui a aimé son autre vie mais qui maintenant se sent incapable de bouger entre un mari qui la bat et des grossesses successives. On peut imaginer qu’elle pousse sa fille à faire un métier et cette fille qui est entre les deux s’appelle Marceline. Pour ce personnage, je me suis inspirée d’une amie dont la seule échappatoire a été de tomber enceinte à 17 ans pour pouvoir partir de chez elle. De Marceline qui est mariée avec un homme qui la trompe va naître Marcianne qui elle est la femme de pouvoir des années 90, qui croque les hommes et qui a une revanche à prendre en fait sur ces deux femmes. J’ai voulu arrêter toutes les lignées pour que cela renvoie chacun à la sienne et pour arrêter la mienne, j’ai fait du dernier personnage Marcia une homosexuelle qui ne veut pas d’enfants. Dans ces lignées, il y a une évolution sur le plan personnel puisqu’au fur et à mesure, ces femmes gagnent en liberté, en autonomie, en indépendance et en pouvoir personnel.

Comment inviteriez-vous nos lecteurs à venir vous découvrir sur scène au Studio Hébertot ?

Dans la vie, mieux vaut des souvenirs que des regrets (rires) ! Ne passez pas à côté de cette petite clé qui a déjà fait le bonheur des spectateurs venus nous voir. Je trouve la réaction des hommes très touchante car on sort du cadre hommes-femmes et ils voient les femmes dans leur ensemble. La quantité d’hommes qui me disent qu’ils ont vu leur mère, leur tante, leur sœur et qu’ils ont une autre vision de la femme, ça c’est super. Je dirais aux lecteurs qu’au final, nous sommes tous et toutes des Simone et puis, ils ont quand même quatre belles gonzesses sur scène, il y a plein d’avantages et il faut noter que Simone fait du 95 F (rires) ! Ce spectacle aborde le féminisme de façon drôle et c’était le pari de départ.

Trinidad auteure et comédienne vous présente « Et Pendant Ce Temps, Simone Veille ! » joué au Studio Hébertot !

Avez-vous d’autres projets en parallèle ?

Je suis en train de retravailler mon spectacle solo qui est un best of dans lequel je reprends certains des textes qui ont donné naissance à « Et pendant ce temps Simone veille ». J’ai co-écrit et mis en scène un spectacle qui va se jouer à Avignon avec Agnès Pat, c’est une belle histoire qui s’intitule « Hollywood Swing Gum ». Nous sommes parties du principe de la réalité, pourquoi ma réalité serait plus juste que la vôtre et inversement. Je dirais que c’est un parcours initiatique avec un jeu de l’oie, c’est une sorte de conte un peu fantastique. J’ai également écrit et mis en scène un autre spectacle qui s’appelle « Bolling Et Moi ! ». En fait, je passe de plus en plus de l’autre côté et cela me plait beaucoup. J’ai d’autres projets d’écriture mais pour l’instant, secrets…

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