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Partez à la rencontre de Bénédicte Vidal et découvrez en plus sur son one Bénédicte Vidal Sort Les Griffes !

Publié le par Steph Musicnation

Photo Alexis Parrenin

Photo Alexis Parrenin

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Bénédicte Vidal, je suis une vieille de 38 ans et je joue mon spectacle intitulé Bénédicte Vidal Sort Les Griffes tous les mercredis à La Comédie Des 3 Bornes jusqu’à début janvier.

Comment définirais-tu ton spectacle ?

C’est un spectacle où il faut avoir du 2nd, voir du 3ème ou du 4ème degré pour rentrer parfaitement dans le délire.

C’est une succession de personnages qui ont pour point commun, celui d’être tous assez affreux.

Cela me plait d’explorer le monstre que l’on a en nous, on en a tous un, certains arrivent à mieux le museler que d’autres et certains sont plus préoccupés par l’assouvissement de leur plaisir immédiat et en deviennent égocentriques, c’est un des traits communs de mes personnages.

Pour vous donner un exemple, dans le sketch où Anne-Ma arrête de parrainer un petit Africain, elle ne le fait pas par cruauté mais parce qu’elle est déçue, elle arrête mais elle va parrainer un autre enfant, c’est un monstre, certes, mais elle est dans sa logique de monstre.

En règle générale, j’aime rire de sujets qui dans l’absolu ne sont pas des sujets de comédie.

Partez à la rencontre de Bénédicte Vidal et découvrez en plus sur son one Bénédicte Vidal Sort Les Griffes !

Qu’est ce qui te fait sortir les griffes ?

Je te répondrais en premier lieu le racisme, il faut savoir que contrairement à Anne-Ma qui est un personnage de fiction, j’ai vraiment grandi en région Paca, j’ai vraiment baigné dans cette forte présence du Front National et dans cette espèce de haine de l’étranger et c’est quelque chose que je trouve bête et triste.

La question du tiers monde me préoccupe également car nous sommes du « bon côté de la barrière » et il y a des questions que l’on ne se pose pas.

Je fais un sketch sur le parrainage d’enfant Africain mais dans la vie, je parraine vraiment un enfant et cela depuis des années.

J’ai été assez choquée quand on m’a demandé de choisir dans quel pays je voulais apporter mon aide, cela m’a mise mal à l’aise et j’ai trouvé que c’était très cynique et que c’était comme une sorte de loto finalement.

La méchanceté en général me fait sortir les griffes même si cela fait un peu réponse à la Miss France ( rire ), plus spécifiquement, je dirais que c’est l’égoïsme, l’absence de conscience de l’autre qui m’énervent.

Juliette de Paname est-elle le reflet de la jeune génération actuelle selon toi ?

Oui, j’espère qu’elle ressemble à la jeunesse d’aujourd’hui ; tout en étant consciente que je suis plus proche de l’âge de ses parents que d’elle, j’espère qu’elle n’est pas trop has-been mais le jour où je sentirais qu’elle le devient, soit je la ferais grandir soit je la supprimerais.

Juliette représente un côte que j’ai en moi quand je suis agacée mais le trait est forcé sur scène.

Je te répondrais oui dans les expressions utilisées par les jeunes comme cimer, boloss ou hashtag et le fait d’être en permanence sur son portable.

La difficulté quand tu joues un ado est d’arriver à le rendre crédible pour des jeunes et c’est un vrai test quand tu as dans la salle des ados de l’âge de Juliette et qu’ils se reconnaissent ou pas.

Pour la petite anecdote, quand j’ai commencé à jouer, il y a plus d’un an et demi, un soir, une ado est venue avec sa mère voir le spectacle et en sortant, le patron du théâtre l’a entendu dire à sa mère avec la même voix et la même façon de parler que Juliette qu’elle n’avait pas compris pourquoi c’était drôle.

Pour moi, c’est mission réussie quand il se passe cela !

Juliette, c’est l’apologie du vide, elle n’a pas voulu être là, elle est coincée là et elle n’en a rien à foutre.

C’est un personnage en résistance et c’est intéressant de l’exploiter car elle pourrait envoyer des ondes un peu pourries dans la salle car elle est assez agressive cette petite conasse de Juliette mais comme elle en fait des caisses en exagérant tout, les gens comprennent assez vite qu’elle est délicieusement insupportable.

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Comment gérerais-tu une fan comme Monique de Namur ?

J’aurais peur très probablement !

Monique de Namur est mon personnage préféré dans le spectacle.

Avant de monter sur scène, j’ai été l’auteure d’Arthur pendant 10 ans notamment sur Les Enfants De La Télé et tous les mois et demi on les tournait à la Plaine Saint Denis et des personnes comme Monique, j’en ai observé durant tout ce temps, ce sont des personnes qui viennent avec les gamins et les poussettes, ils attendent du matin jusqu’à tard le soir, ils sont fans mais de toutes les stars, ils attendent par tous les temps pour voir des stars.

Sous prétexte qu’ils aiment un artiste, cet artiste devient un peu leur chose et ils se permettent de lui dire des trucs immondes qu’ils ne diraient même pas à des personnes qu’ils détestent, tout en ponctuant leurs piques de mais je t’adore.

C’est quelque chose qui me fascine, c’est à la fois terrible et drôle quand même.

C’est jubilatoire de jouer cette folie car Monique est vraiment ainsi ; au début du sketch, elle est contente d’attendre pour voir Mélanie et avoir une photo mais dès l’instant où Mélanie ne dit pas ouistiti sexe comme elle lui a demandé et bien elle est déçue, ses filtres sautent et elle commence à déverser tout ce qu’elle a à lui reprocher.

Par ailleurs, dans ce sketch, j’en profite pour aborder des thèmes plus graves comme le vieillissement ou les femmes battues.

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Qui est Jackette ? As-tu des chats personnellement ? Comment est venue cette idée de personnage ?

J’adore les chats, j’en ai eu étant enfant, j’en ai eu un en arrivant à Paris mais il s’est perdu et je n’en ai pas repris mais j’y pense tous les jours en me faisant violence pour ne pas en reprendre parce qu’un chat c’est bien avec jardin mais moins en appartement.

Jackette est un personnage que j’ai inventé à la radio.

Juste en 2014, j’officiais en radio sur Le Mouv’ dans une émission intitulée La Morinade dans laquelle je jouais principalement Anne-Ma et dans certains sketchs j’interprétais Jackette qui était une petite dégénérée du Nord, sœur de Jacky et dont la particularité est que l’on ne comprend pas ce qu’elle dit car elle a une élocution abominable.

C’est vraiment le personnage cartoon de mon spectacle.

Je savais très bien qu’avec un personnage avec une telle élocution, je ne pouvais pas me permettre de faire un long sketch, on ne comprend pas ce qu’elle dit et cela peut devenir très rapidement exaspérant de l’entendre gueuler.

Je me suis dit que j’allais l’utiliser comme une respiration, comme un cartoon, ça sera la moment du spectacle où il n’y aura rien à comprendre, il n’y aura qu’à voir.

Comme mes autres sketchs sont assez bavards, je voulais créer des changements de rythme avec ce personnage.

Je me suis demandée ce que Jackette pourrait faire et en impro j’ai commencé à la faire approcher d’un chat et puis j’ai trouvé plusieurs idées pour la faire poursuivre ce chat.

C’est un peu comme les enfants quand ils font des câlins à des bébés, à d’autres enfants ou à des animaux, ils sont brusques mais ils ne se rendent pas compte de la force qu’ils ont dans les mains, c’est un mélange entre la passion pour l’animal et un côté un peu sadique.

Jackette se fait griffer et un peu comme Monique, elle est déçue et elle se met à courir après le chat pour se venger et on ne découvre qu’à la fin du spectacle quelle est sa vengeance.

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Mon personnage favori est Anne-Ma, comment nous la présenterais-tu ? Que représente-t-elle ?

Anne-Ma c’est mon double maléfique.

L’histoire de la voix d’Anne-Ma remonte au collège quand j’étais à Aix-En-Provence, j’ai fait mes premiers sketchs en imitant mes profs et notamment ma prof de maths-physique qui avait la même voix qu’Anne-Ma.

J’ai donc cette voix depuis plus de 25 ans et j’ai toujours parlé avec ; notamment avec ma famille ou mes amis pour déconner.

En 2010, j’ai crée Radio Anne-Ma sur Youtube en postant des petites vidéos dans l’indifférence la plus totale, je prenais un sujet d’actu et je l’analysais dans le prisme d’Anne-Ma cette vieille fille élevée en région Paca par un père CRS dans un Sud très FN mais elle essaye de prouver qu’on peut avoir été élevée par un père raciste sans le devenir soi-même même si elle est pétrie d’expressions racistes.

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Isabelle Caron existe-t-elle vraiment ?

Je ne l’ai pas rencontrée personnellement mais on a toutes en nous une comédienne ratée, ça c’est sur (rires).

Le sujet qui m’intéressait au travers de ce sketch était le fait que des adultes veulent pousser leurs gamins dans la lumière et c’est très flagrant chez les comédiens ratés.

Il y a cette idée de la transmission, mon enfant tu réussiras là où maman n’a pas réussi sauf qu’Isabelle Caron ne s’avoue pas qu’elle est une ratée.

Le deuxième élément est que quand tu fais un enfant, tu ne sais pas sur qui tu vas tomber, la mère d’Emile Louis quand elle l’a mis au monde, elle ne se doutait pas que son bébé allait devenir un tueur en série ; dieu merci pour Isabelle Caron, sa gamine n’est pas une tueuse en série mais Noémie est une petite rouquine obèse et c’est un désespoir pour sa mère.

Isabelle Caron est d’une cruauté totale avec sa fille par exemple lorsqu’elle la surprend avec un muffin et qu’elle lui balance : « Au final ça n’est pas le suicide mais le nutella qui tuera Loana ! »

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Quels personnages sont les plus proches et les plus éloignés de toi ?

Je dirais que les plus proches sont Juliette dans les expressions même si je ne ferais pas ce qu’elle fait, Anne-Ma est proche de moi mais juste par la voix sinon je ne partage rien avec elle, je partage la même fascination des chats que Jackette mais je ne les poursuis pas !

Les personnages les plus éloignés seraient Isabelle Caron et Monique de Namur et pourtant dieu sait que je l’aime.

Comment as-tu débuté dans le milieu artistique ?

Je suis arrivée à Paris en 1998 après avoir fait une fac d’arts plastiques à Aix et de 15 à 22 ans mon objectif était de travailler à Canal + mais je ne connaissais personne et je n’ai même pas réussi à faire un stage là bas.

J’ai fait une école de radio à Boulogne et je suis rentrée à Oui Fm où j’ai commencé à la redac, je faisais des reportages et très rapidement j’ai rejoins l’émission qui m’intéressait et qui s’appelait Le Monde De Mr Fred, c’était un feuilleton radiophonique délirant.

Je ne perdais pas de vu que je voulais travailler en télé et j’avais contacté plusieurs présentateurs.

Je me suis retrouvée chez Fogiel durant une saison à écrire ses interviews et la rentrée suivante, je suis arrivée chez Arthur et je suis devenue auteure dans ses émissions pendant 10 ans.

Parallèlement, je travaillais en radio sur Oui Fm, j’ai même fait un petit passage sur Autoroute Fm et j’ai repris la radio en 2011 avec Daniel Morin sur Le Mouv’ jusqu’en juin 2014.

J’adore la radio et le spectacle en a découlé car on me demandait souvent si j’avais un one.

Le spectacle est né assez rapidement mais le plus long a été le travail sur le jeu, en arrivant de la radio, j’étais habituée à être bavarde mais le corps dit des choses également et Séverine Moralès qui me met en scène m’aide énormément, c’est capital d’avoir un regard extérieur car tu ne peux pas jouer et être spectateur de toi-même.

Photo Torrijos Photographie

Photo Torrijos Photographie

Penses-tu que l’on peut rire de tout ?

C’est la vaste question !

Comme beaucoup d’autres l’ont dit avant moi, je dirais que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui.

Il y a des sujets que toi tu vas trouver horribles mais qui vont faire rire d’autres personnes et d’autres gens qui vont être choqués par un truc qui va te paraître insignifiant.

On a tous un curseur situé à des endroits différents dans ce qui est choquant ou pas.

Je ne ferais pas un sketch sur l’apologie de la haine envers les juifs ou un sketch sur on va taper du pédé car ça ne me fait pas rire et que le risque que ça soit pris au premier degré est de plus en plus élevé ces derniers temps.

J’espère que mon spectacle est un peu plus subtile même si j’aborde des thèmes assez affreux.

J’espère que l’on pourra continuer à rire de tout mais après il faut choisir ses mots et à qui on s’adresse sauf qu’on ne peut jamais savoir qui on aura dans sa salle donc à la question est ce que l’on peut rire de tout, je te dirais mouais…

A quoi va ressembler ton année 2016 ?

Je partirais en tournée de Février à Avril et j’espère reprendre le spectacle à Paris à la rentrée prochaine.

J’ai commencé l’écriture d’un format court sur le personnage de Béatrice Kedal, une comédienne sans charisme, j’espère le tourner avant la fin de l’année et le sortir au printemps.

Je ne désespère pas de refaire de la radio mais les places sont chères, nous verrons bien au gré des rencontres…

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Emlich Fridat 02/12/2015 12:11

Vu en PACA justement. Très bon spectacle .... Allez y sans retenue ! TM